<?xml version='1.0' encoding='UTF-8'?><?xml-stylesheet href="http://www.blogger.com/styles/atom.css" type="text/css"?><feed xmlns='http://www.w3.org/2005/Atom' xmlns:openSearch='http://a9.com/-/spec/opensearchrss/1.0/' xmlns:georss='http://www.georss.org/georss' xmlns:gd='http://schemas.google.com/g/2005' xmlns:thr='http://purl.org/syndication/thread/1.0'><id>tag:blogger.com,1999:blog-25112101</id><updated>2011-09-07T09:09:30.931-07:00</updated><title type='text'>visages blêmes, regards sombres</title><subtitle type='html'>récits et portraits de Jan Thirion</subtitle><link rel='http://schemas.google.com/g/2005#feed' type='application/atom+xml' href='http://franz22.blogspot.com/feeds/posts/default'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/25112101/posts/default?max-results=100'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://franz22.blogspot.com/'/><link rel='hub' href='http://pubsubhubbub.appspot.com/'/><author><name>jean-benoit thirion</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><generator version='7.00' uri='http://www.blogger.com'>Blogger</generator><openSearch:totalResults>13</openSearch:totalResults><openSearch:startIndex>1</openSearch:startIndex><openSearch:itemsPerPage>100</openSearch:itemsPerPage><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-25112101.post-116195941336082744</id><published>2006-10-27T07:26:00.000-07:00</published><updated>2006-10-27T07:32:19.220-07:00</updated><title type='text'>De la littérature entre quatre-z-yeux</title><content type='html'>&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://photos1.blogger.com/blogger/3947/2612/1600/visage3copie.0.jpg"&gt;&lt;img style="float:left; margin:0 10px 10px 0;cursor:pointer; cursor:hand;" src="http://photos1.blogger.com/blogger/3947/2612/320/visage3copie.jpg" border="0" alt="" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;Il était quoi ? Directeur de collection chez Gallimard pour me rire au nez comme ça ? Je ne lui avais pas soumis mon manuscrit pour qu’il se foute de ma gueule, mais pour me dire ce qu’il en pense, c’est à dire me dire qu’il en pense beaucoup de bien. C’est tout. Pas de critique quand on débute. On n’en veut pas. On n’a besoin que d’encouragements et de louanges. La critique, c’est entre soi et sa conscience. Je savais ce qui allait dans mon récit et je savais ce qui clochait. Je corrigerais plus tard, si j’y pensais encore, si j’avais le temps.&lt;br /&gt;En vérité, il me l’a avoué d’emblée, il ne m’a pas lu. C’était un drôle d’ami. Moi, je me forçais à lire tous ses trucs, tout du moins ce qu’il publiait en revues et dans des recueils collectifs. Je faisais l’effort d’acheter ses productions et de les lire. Et lui, rien, que dalle en retour. Il tenait mon travail pour chose négligeable, rien qui vaille qu’on y consacre un peu de temps. Vraiment pas juste. De plus, je l’ai invité chez moi, je l’ai nourri, j’ai débouché pour lui un Château Margot  australien. Belle récompense en retour ! Il se moquait de moi, ce salopard.&lt;br /&gt;J’ai peut-être eu le tort de lui glisser mon manuscrit dans son casier, au lycée, sans mot d’explication. Lui, il est agrégé, prof de philo. Moi, je fais office de bouche-trou, je suis contractuel, je fais les classes que les autres ne veulent pas, j’ai un emploi du temps pourri. En juin, je serai éjecté.&lt;br /&gt;Il m’a dit : rien que la page de garde m’a fait hurler de rire. Je n’ai pas osé aller plus avant, de peur d’être déçu. Je t’assure, hurler de rire. J’ai failli pisser dans mon froc en pleine salle des profs. Intituler ton roman “Guerre et paix et châtiment”, faut déjà le faire, “Guerre et paix et châtiment”, et en plus oser prendre le pseudo de Gonzague Tolstoïeski, c’est carrément délire !&lt;br /&gt;Mais, j’ai répondu, Gonzague, c’est vraiment mon prénom. Enfin, c’est mon deuxième prénom. Sur mon état-civil, c’est bien marqué Eric Gonzague Guérin.&lt;br /&gt;- Non non, je parle pas du prénom, qui vaut déjà son pesant de cacahuètes, dit-il en riant, mais Tolstoïeski ! Tolstoïeski ! Moitié Tolstoï, moitié Dostoïevski. C’est complètement dingue. Choisir Tolstoïeski comme nom, comme pseudo ! Pourquoi pas Scott-Fitzgerald Proust, René Balzac-Dumas, ou Victorienne Hugolin-de-la-Manchette ? Tolstoïeski, nom de dieu. Ressers-moi un verre.&lt;br /&gt;- Je ne vois pas où est le problème. J’ai de la famille d’origine slave. J’ai repris simplement le nom de ma grand-mère. En fait, elle s’appelait Tolstoïeskevitch. Fedorine Tolstoïeskevitch. Je ne l’ai jamais connue.&lt;br /&gt;Là, il a explosé. Il est devenu rouge. J’ai cru qu’il allait s’étouffer, avoir une crise cardiaque.&lt;br /&gt;Ce qu’il restait de bordeaux dans son verre l’a aidé à se calmer. Mais si j’avais su ce qu’il allait dire ensuite, il aurait mieux fait de crever pour de bon. Car voilà ce qu’il m’a sorti, mi-ingénu, mi-sarcastique :&lt;br /&gt;- Tu aurais dû titrer ton bouquin “l’idiot 2” !&lt;br /&gt;Re-crise de rire. Je restais interdit, je ne savais pas quoi répondre. Je sentais bien qu’il se fichait de moi, ce con.&lt;br /&gt;L’idiot 2. C’est moi qu’il traitait d’idiot, avec son humour d’agrégé au cinquième degré. Putain, j’ai dit au fond de moi-même, si je suis l’idiot 2, toi, mon salaud, tout agrégé que tu es, t’es l’idiot 1, et je lui ai balancé la bouteille de Margaux sur le crâne. Boum, ça a fait. Une journée de salaire la bouteille en promo à Carrefour. Heureusement, elle était presque vide. Il avait tout éclusé. Il s’en rappellerait du Margaux australien.&lt;br /&gt;Ma fureur était identique à celle de mon héros. Dans mon roman, il s’emporte pour un rien.&lt;br /&gt;Dans tout ce qu’on raconte passe quelque chose d’autobiographique. On se trahit en écrivant. On se dévoile. Pourtant, je fais bien attention de ne pas écrire ma vie. C’est rédhibitoire chez les éditeurs. Surtout dans les manuscrits arrivant par courrier.&lt;br /&gt;L’autre prétentieux n’était pas mort. Je l’avais juste assommé. Je n’étais pas un meurtrier, même si j’écrivais des trucs vraiment très noirs.&lt;br /&gt;Il n’empêche...&lt;br /&gt;Je me suis encore fâché dès qu’il a ouvert la bouche. Cette fois, c’était moi le puriste. Il avait eu son agreg dans une pochette surprise ou quoi ?&lt;br /&gt;- Merde, je me rappelle de rien, qu’il a dit. Qu’est-ce qui s’est passé ? J’ai le crâne en bouillie.&lt;br /&gt;“Je me rappelle de rien” il a dit. Il a bien dit “je me rappelle de rien”. Ah ah, l’agrégé de lettres. Pris en flagrant délit, l’agrégé de lettres. Sortir d’un étourdissement n’excuse pas tout.&lt;br /&gt;- On ne dit pas je ne me rappelle de rien, j’ai dit, on dit je ne me rappelle rien. Complément d’objet direct. On se rappelle quelque chose et on se souvient de quelque chose. C’est le b-a-ba. Donc, je me rappelle rien, ou alors, je ne me souviens de rien.&lt;br /&gt;Je l’avais appris récemment. Une semaine avant, je me serais fait piéger pour la même faute. Mais c’est comme ça, ce qu’on sait, on fait toujours croire qu’on le sait depuis toujours. Il m’a regardé. Il avait l’air de m’écouter, de me prendre au sérieux à présent. Je ne devais pas avoir une tête à vouloir être contrarié. Faut dire que je tenais encore par le goulot la bouteille vide. J’avais l’impression, un : qu’il était dessoûlé ; deux : qu’il n’avait pas envie de renouveler l’expérience de recevoir un grand cru australien millésimé sur la gueule.&lt;br /&gt;Mais, j’ai réfléchi tout d’un coup. Je me suis dit qu’en définitif “l’Idiot 2”, n’était pas un si mauvais titre que ça. Il n’avait pas tort. Il avait ri, mais il ne se moquait peut-être pas de moi. “l’Idiot 2” de Gonzague Tolstoïeski, pourquoi pas ? Ça sonnait bien, ça ne ressemblait à rien qui existe. Et puis si les gens riaient dès lecture du titre, c’était de bon augure. Le reste, c’est du blabla, du remplissage, de la littérature, comme on dit. Allez, tiens, j’ai dit à mon pote l’agrégé, on va fêter ça. On va déboucher un deuxième château Margaux australien. J’avais anticipé, en en achetant un carton de six à la foire aux vins.&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/25112101-116195941336082744?l=franz22.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://franz22.blogspot.com/feeds/116195941336082744/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=25112101&amp;postID=116195941336082744' title='25 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/25112101/posts/default/116195941336082744'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/25112101/posts/default/116195941336082744'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://franz22.blogspot.com/2006/10/de-la-littrature-entre-quatre-z-yeux.html' title='De la littérature entre quatre-z-yeux'/><author><name>jean-benoit thirion</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><thr:total>25</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-25112101.post-115856943310912121</id><published>2006-09-18T01:46:00.000-07:00</published><updated>2006-10-27T07:14:24.903-07:00</updated><title type='text'>Route Napoléon</title><content type='html'>&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://photos1.blogger.com/blogger/3947/2612/1600/visage27.jpg"&gt;&lt;img style="float:left; margin:0 10px 10px 0;cursor:pointer; cursor:hand;" src="http://photos1.blogger.com/blogger/3947/2612/320/visage27.jpg" border="0" alt="" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;D'abord Austerlitz, puis Waterloo, dit-il en repliant sa carte de l'Europe, et après on verra. C''était les vacances, il n'allait pas se prendre la tête. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Maniaque tout de même, il vérifia que les armes étaient bien calées dans le coffre de la CX. La fille qui l'accompagnait lui proposa le sandwich qu'elle venait de composer avec du jambon et et du gruyère. Ils avaient le temps. Ils étaient bien sur cette aire de parking arboré. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La fille avait vu les armes. Elle avait écouté son projet. Elle avait rigolé. Elle n'était pas contre. Elle s'en foutait. Elle était d'accord pour tout, du moment qu'on ne l'obligeait pas à retourner dans son trou pour vivre sa vie de merde entourée de gens qu'elle détestait. Elle avait dit OK pour Austerlitz, OK pour Waterloo. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il était content d'avoir de la compagnie. Ça lui plaisait de ne pas être seul et ça lui faisait au moins une spectatrice. En plus, elle serait  aux premières loges, la veinarde. Ce serait mieux qu'à la télé. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;En gros, son projet consistait à faire un massacre sur chaque lieu de bataille napoléonnienne. Il tirerait sur les gens et il se barrerait avant d'être pris. Lui, il saurait s'arrêter à temps. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Austerlitz, c'était bien pour commencer. C'était connu. Ça marquerait les esprits. &lt;br /&gt;Waterloo en deux, c'était bien aussi, même si c'était une défaite. &lt;br /&gt;Les autres batailles, il connaissait moins. Il n'avait pas les noms en tête. Du reste, il n'était pas obligé de respecter l'ordre chronologique. Il tuerait là où ça lui chante. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il était sûr d'une chose : il se préparait des vacances inoubliables. &lt;br /&gt;Il mordit son sandwich en pensant à des cornichons. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;texte et image&lt;br /&gt;Jan Thirion&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;.·´¯`·....·´¯`·.¸.·´¯`·...¸&gt;&lt;((((º&gt; &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;site de Jan Thirion&lt;br /&gt;&lt;a href="http://thirion.free.fr"&gt;http://thirion.free.fr&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;.·´¯`·.¸.·´¯`·....·´¯`·.¸.·´¯`·....·´¯`·.¸.·´¯`·...¸&gt;&lt;((((º&gt; &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;édition krakoën&lt;br /&gt;&lt;a href="http://www.krakoen.com"&gt;http://www.krakoen.com&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;·´¯`·.¸.·´¯`·...¸&gt;&lt;((((º&gt;&lt;br /&gt;.&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/25112101-115856943310912121?l=franz22.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://franz22.blogspot.com/feeds/115856943310912121/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=25112101&amp;postID=115856943310912121' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/25112101/posts/default/115856943310912121'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/25112101/posts/default/115856943310912121'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://franz22.blogspot.com/2006/09/route-napolon.html' title='Route Napoléon'/><author><name>jean-benoit thirion</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-25112101.post-115841559348020208</id><published>2006-09-16T06:58:00.000-07:00</published><updated>2006-10-27T07:11:24.536-07:00</updated><title type='text'>Rage dans la maison du bonheur</title><content type='html'>&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://photos1.blogger.com/blogger/3947/2612/1600/visage29.jpg"&gt;&lt;img style="float:left; margin:0 10px 10px 0;cursor:pointer; cursor:hand;" src="http://photos1.blogger.com/blogger/3947/2612/320/visage29.jpg" border="0" alt="" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;Prémonitoires, ces hurlements entendus la nuit. Il est remonté d’un cauchemar, en apnée, comme d’un cloaque amniotique. Ces hurlements l’ont tué une première fois. Insupportable. Il a fallu qu’il se batte avant de retrouver le sommeil.&lt;br /&gt;Cette fois, plein jour, et l’horreur recommence. Il sort de son atelier en rage, en larmes. Le téléphone vient de lui annoncer la mauvaise nouvelle. Il faut qu’il se change, qu’il se rende à la clinique de toute urgence. Bien que cela ne serve plus à rien. Sinon à consoler Chloé qui sera inconsolable. Elle doit crier dans les couloirs, s’agripper aux blouses blanches, supplier. Ils ont dû la ramener de force dans son lit, la mettre sous sédatif.&lt;br /&gt;Invivable retour à la maison. C’est sûr.&lt;br /&gt;Autant se planter maintenant le canon du fusil sous le menton et tirer. Qu’on n’en parle plus, qu’il retrouve la paix. Il ne pourra pas supporter son chagrin à elle.&lt;br /&gt;Entrer dans la salle de bains veut dire regarder un rat mort dans le miroir. Il ne veut pas voir sa tête en train de pleurer. Pauvre type en bleu de travail, pas rasé, crasseux, plein de cambouis, tu n’as que ce que tu mérites. Du malheur exponentiel.&lt;br /&gt;Dans le couloir il se cogne exprès la tête au mur. Il ne souffre pas assez. Hurle, hurle donc ! Il se jette à nouveau contre le mur. Un peu de sang, comme s’il avait écrasé une mouche.&lt;br /&gt;Tout le dégoûte. La chambre. Le lit. Les draps fornicateurs, fabrique de chair cadavérique.&lt;br /&gt; La porte suivante ouvre désormais sur une chambre mortuaire. Le petit nid douillet de Roch qui vient de mourir étouffé à l’hôpital la Grave. Il l’a vu hier, il a cru le voir sourire. Oiseau sans défense dans la main du destin. Et cette saloperie de main s’est refermée sur lui, l’a broyé. Il devrait prendre le fusil et demander des comptes au destin, emmener le fusil à l’hôpital et descendre le plus de blouses blanches possible. C’est leur faute. Ça ne peut-être qu’une erreur médicale.&lt;br /&gt;Roch vivait hier, avant-hier, avant avant-hier. Il respirait. Il tétait correctement. Prince Roch dans les bras de la reine Chloé, entouré des parents de Chloé, et quatre fois la même image dans cette chambre de quatre : quatre mères, quatre nouveau-nés, des grands-parents, les papas, la tête sur les montagnes russes, des bouquets de fleurs, la puéricultrice à la porte, avec son chariot multiplace, pour récupérer la marchandise et la ramener à la pouponnière.&lt;br /&gt;Prince Roch, roi de la maison, futur empereur de l’atelier. Tout était pour lui. On pouvait tout brûler désormais. A la place du gosse, dans le landau, un bidon d’essence, et ce bidon d’essence appelle pour qu’on le prenne dans les bras et qu’on le promène de long en large dans la maison, la tête en bas.&lt;br /&gt;Il avait croisé la jeune accoucheuse de Chloé. Il lui avait dit merci. Il avait ajouté : vous exercez le plus beau métier du monde. Sourire. Puis, elle était entrée dans un bureau réservé au personnel où un docteur - l’obsédé de la péridurale, comme l’appelait la voisine de Chloé -, s’était ensuite faufilé. Il les avait entendu rire. Il imagina un truc cochon. La vie.&lt;br /&gt;A présent, il sait pourquoi les nourrissons meurent à la maternité. Les blouses blanches prennent trop de bon temps. &lt;br /&gt;Ces deux-là, s’il les voit, il les flingue.&lt;br /&gt;Il mettra l’hôpital à feu et à sang. Il supprimera Chloé avec. Il abrégera ses souffrances. Il ne la supportera pas en train de se lamenter, de se traîner comme une bête à l’abattoir, de s’en prendre à lui, dans ses moments de furie, comme s’il était coupable de ce qui leur arrivait. Il la tue. Ensuite; il se suicide. Autant mourir quand l’existence n’est plus que cambouis. Avenir en bout d’impasse. Pas de gosse. Rien à transmettre. Vivre médiocrement ne sert à rien.&lt;br /&gt;Dire qu’il voulait apporter cinquante kilos de noix de ses noyers au personnel de la maternité.&lt;br /&gt;A nouveau le téléphone.&lt;br /&gt;Cette fois, Chloé est morte. Elle s’est jetée par la fenêtre. Elle s’est jetée sous une ambulance. Elle a avalé une pleine poignée de médicaments. Elle tenait tant à avoir un enfant. Des années de guerre conjugale pour arriver à ses fins, en le traitant au moins une fois par semaine d’impuissant. Il est toujours fautif de tout.&lt;br /&gt;Il laisse sonner. Arme à feu bruyante qui s’acharne dans sa tête.&lt;br /&gt;Quatorze coups.&lt;br /&gt;Quatorze blessures mortelles.&lt;br /&gt;Celui qui appelle doit se dire qu’il est déjà en route pour la schizophrénie.&lt;br /&gt;Il ne lui reste plus qu’à mettre le feu à la baraque et à se sauver dans les bois. On ne le retrouvera jamais dans les bois. Il deviendra bête sauvage. Gare à celui qui s’approchera. Quand il clamsera, les bestioles se chargeront de bouffer son cadavre.&lt;br /&gt;Il arrache les fleurs tressées fixées à la porte de bébé, cette couronne mortuaire déguisée en bouquet. Il arrache la pancarte sur laquelle il avait pyrogravé : bienvenue, Roch, au pays du bonheur. Sa colère le pousse à donner des coups de pied violents dans la porte qui s’ouvre sur la chambre fraîchement repeinte, le sinistre décor du bonheur. Bienvenu au pays du cambouis. Le ciel bleu layette à la fenêtre se fout de sa gueule. Il faudrait pouvoir dégommer le ciel à coups de fusil.&lt;br /&gt;A ce bambin, ils lui avaient pourtant donné un nom indestructible. Roch. C’est comme Pierre. Un prénom qui résiste au temps.&lt;br /&gt;Ils lui avaient fait une grotte indestructible.&lt;br /&gt;D’abord, il s’attaque au mobile au-dessus du berceau. Oiseaux mal peints, sans relief. Il arrache un à un les barreaux du berceau qu’il a fabriqué lui-même. Le matelas vole sur la table à langer, renversant flacons, biberons, jouets et diverses boîtes avec bébés publicitaires diaboliques sur chaque face. Il jette, disperse les habits minuscules. Pluie de corps déchiquetés sautant sur une mine antipersonnel. Il crève les sacs de couches. C’est lui qu’il éventre. C’est sa guerre contre lui, contre sa médiocrité, contre son incapacité à changer le monde. Il arrache ce qu’il peut arracher des murs. Ses oreilles qu’il tranche, ses yeux qu’il crève. Il tire les appliques électriques, espérant l’électrocution. Massacre les peluches. Son cœur part en lambeaux. Sa tête explose. Il griffe la laque des murs, arrache le plâtre. Il s’équarrit lui-même, mord le poumon de briques qu’il a maçonné lui-même au-dessus de l’ancien garage, cherche à atteindre le coeur.&lt;br /&gt;Possible qu’il hurle en même temps. Il ne s’entend pas. Dans la campagne autour, dans les bois, tout est calme. Son malheur n’a aucune incidence sur le reste du monde.&lt;br /&gt;Il descend à l’atelier chercher un marteau. Avec un marteau les murs tomberont plus vite. Roch aura sa ruine, son tombeau d’éternité.&lt;br /&gt;Tu redeviendras caillou, tu redeviendras poussière.&lt;br /&gt;Il revient avec le marteau qu’il n’a pas nettoyé et le fusil. Sang séché. Cheveux collés. Fort-Chabrol dans la chambre d’enfant. De la fenêtre, il peut tirer sur tout ce qui se présentera sur le chemin qui mène à la route.&lt;br /&gt;Son pas haineux l’entraîne vers la chambre à coucher, la chambre à vieillir, la chambre à maudire, la chambre des reproches et des frustrations, parce que ce maudit téléphone recommence à lui jeter sa mitraille à la tête. C’est ce morceau de plastique criard qu’il aurait dû d’abord fracasser.&lt;br /&gt;Dans la précipitation, il se prend le pied dans le tapis, perd l’équilibre et se cogne le crâne à la table de chevet. Une mort accidentelle, une délivrance. C’est ce qui pourrait lui arriver de mieux. Le combiné tombe sur lui, avec une voix féminine, désincarnée : Hôpital la Grave. Veuillez nous excuser, notre service à fait une erreur. Votre enfant est en parfaite santé. Et la maman va bien. Le répondeur pourrait lui transmettre ce message mensonger et lui redonner du baume au coeur. Mais non, il n’a rien entendu, sauf un sifflement lointain. Pas de discours. Pas de compassion dans les tuyaux. Que de l’indifférence.&lt;br /&gt;Son regard vers le lit bute un instant sur les visages en bouillie de Roch et de Chloé recouverts par la couette. Deux moitiés de lui-même qui ont tant hurlé cette nuit et qu’il a fallu faire taire à coups de marteau. D’abord Roch, puis Chloé. Les cris l’ont rendu fou. Il voulait dormir. Il sait qu’il ne doit pas tarder à les emmener en forêt.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;texte et image&lt;br /&gt;Jan Thirion&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;.·´¯`·....·´¯`·.¸.·´¯`·...¸&gt;&lt;((((º&gt; &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;site de Jan Thirion&lt;br /&gt;&lt;a href="http://thirion.free.fr"&gt;http://thirion.free.fr&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;.·´¯`·.¸.·´¯`·....·´¯`·.¸.·´¯`·....·´¯`·.¸.·´¯`·...¸&gt;&lt;((((º&gt; &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;édition krakoën&lt;br /&gt;&lt;a href="http://www.krakoen.com"&gt;http://www.krakoen.com&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;·´¯`·.¸.·´¯`·...¸&gt;&lt;((((º&gt;&lt;br /&gt;.&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/25112101-115841559348020208?l=franz22.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://franz22.blogspot.com/feeds/115841559348020208/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=25112101&amp;postID=115841559348020208' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/25112101/posts/default/115841559348020208'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/25112101/posts/default/115841559348020208'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://franz22.blogspot.com/2006/09/rage-dans-la-maison-du-bonheur.html' title='Rage dans la maison du bonheur'/><author><name>jean-benoit thirion</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-25112101.post-114950711703562993</id><published>2006-06-05T04:19:00.000-07:00</published><updated>2006-10-27T07:09:11.356-07:00</updated><title type='text'>Une arme contre les désespérés</title><content type='html'>&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://photos1.blogger.com/blogger/3947/2612/1600/visage1.jpg"&gt;&lt;img style="float:left; margin:0 10px 10px 0;cursor:pointer; cursor:hand;" src="http://photos1.blogger.com/blogger/3947/2612/320/visage1.jpg" border="0" alt="" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;Monsieur le maire enfermé dans les toilettes. Avec ses deux portables. Le portable téléphone, le portable ordinateur. Il en a pour une demi-heure. Monsieur le maire n’aime pas perdre son temps. Il n’a pas été élu pour se tourner les pouces. Il tient à faire de sa commune l’une des plus dynamiques de l’agglomération toulousaine.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;C’est le moment qu’elle attendait. 10 heures 10. Fatigue de sa nuit blanche oubliée. Tête froide. Elle est décidée. Elle entre dans le bureau du maire avec l’affiche roulée à la main. Programmation de printemps de la salle Albert Camus. Une partie des recettes doit aider à financer une école et l’acheminement de l’eau dans un village sénégalais en difficulté. Cugnaux a du cœur.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;On est samedi. Karine, la secrétaire ne travaille pas aujourd'hui, comme la majeure partie du personnel. Sauf ceux de corvée de mariage et ceux qui s’occupent du site Internet municipal au deuxième étage. Permanence assurée à l’accueil pour réceptionner promis et familles. Le matin, un adjoint officie, écharpe tricolore en bandoulière. De 14 à 16 heures, Monsieur le maire prend le relais. C’est le créneau des bonnes familles.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Karine absente, personne ne trouve à redire à son intrusion.&lt;br /&gt;Elle verrouille la porte. Qu’on ne la dérange pas.&lt;br /&gt;Elle met les téléphones hors ligne. Si on appelle, c’est occupé. Pas de sonnerie pour l’énerver.&lt;br /&gt;Elle hésite devant la machine à expresso.&lt;br /&gt;Non, pas le temps. Pas de café. Pas la peine. Elle est à bloc. Sa paupière droite cligne follement. Assez bu de café depuis ce matin.&lt;br /&gt;Pas d’alcool non plus pour déstresser.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Elle se dirige néanmoins vers les bouteilles cachées. Elle connaît. Elle a tenu le poste avant Karine. Bernadette, vous êtes une perle ! Merci, Monsieur le maire. Bernadette, sans vous, qu’est-ce que je deviendrais ! Pourtant, il lui a fallu passer la main, quand elle a eu son gros pépin. Vous reviendrez, Bernadette, lorsque ça ira mieux. Il faut vous reposer. En attendant, au placard. Bernadette, vous n’êtes plus que le fantôme de ce que vous étiez. Au placard. Estimez-vous heureuse qu’on ne vous jette pas comme une malpropre. Merci, Monsieur le maire.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Dissimulés derrière un panneau coulissant avec la photo géante de Cugnaux vu du ciel, le bar et le réfrigérateur. Toujours pleins. Avec ses collaborateurs et les visiteurs importants, parfois seul, Monsieur le maire a souvent l’occasion de fêter quelque chose. Il en fait tant pour la commune. La jovialité va de paire avec la fonction de maire. L’élu doit savoir lever le coude. Les gens n’aiment pas les responsables pisse-froid. Monsieur le maire a renouvelé son mandat. Les deux fois, vainqueur au premier tour avec un score frisant les 60 %. Les électeurs votent bar et réfrigérateur.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Elle pousse le panneau sur lequel on voit parfaitement son ancienne villa, rue de la Marne. Qu’elle ne peut s’empêcher de regarder. Exprès peut-être. La vision de la maison du bonheur perdu ravive sa colère. Elle a besoin de rester enragée. Froidement enragée. Rue de la Vimona, le vieux garage Renault, remplacé par le bâtiment qu’elle habite désormais, figure encore sur la photo. Elle habite un immeuble fantôme. Bonne adresse pour les gens comme elle qui n’existent plus. Elle ronge hargne et anxiété dans les trente mètres carrés d’un studio mal insonorisé.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;On ne lui a pas fait de cadeau. Elle ne va pas en faire.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;A droite du réfrigérateur, une paroi mobile. Ce qu’elle vient chercher est bien à sa place, hors de son étui, prêt à servir, debout, canon contre le fond du compartiment secret. Sol ici surélevé pour faciliter la prise des objets à l’intérieur. Il y a une matraque, du genre utilisé par les policiers, en caoutchouc dur, avec poignée, et une bombe de défense au gel capsicum. Elle se rappelle avoir fait elle-même la commande de ces armes défensives. Concentré de poivre et piment dans la bombe. Distance de projection recommandée : trois à quatre mètres. Bernadette, il faut savoir vous en servir, au cas où je serais en difficulté. Oui, Monsieur le maire. La remplaçante a reçu les mêmes consignes. Monsieur le maire aime se savoir en sécurité. Attention aux véritables intentions des administrés lorsqu’ils sollicitent une entrevue. Dans la plupart des cas, ils viennent se plaindre, réclamer, demander une faveur. Ils peuvent se montrer agressifs. Plusieurs fois, il lui est arrivé d’assister à de sérieuses prises de bec entre le maire et un citoyen en colère. Une fois, Monsieur le maire s’est pris un coquard.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mais, Monsieur le maire craint surtout les désespérés. Ceux-là sont prêts à tout. Ils iraient jusqu’à se faire sauter la cervelle. Juste après avoir faire sauter celle du maire.&lt;br /&gt;D’où le fusil. Ou la carabine.&lt;br /&gt;Monsieur le maire parle du Mauser.&lt;br /&gt;Il préfère son Mauser à un pistolet. Plus impressionnant. En tant que chasseur occasionnel, il a l’habitude de manier le fusil ou la carabine. Avec une arme de poing, il lui faudrait s’entraîner au stand de tir de la Ramée. Pas le temps.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Si vous, vous êtes libre de vos mouvements, Bernadette, vous attrapez le Mauser et vous me le passez. Surtout, vous me le présentez par la crosse, pas par le canon, le coup peut partir seul. Il lui a expliqué que le Mauser était chargé en permanence. Trois balles. Arme de chasse. Le magasin ne doit contenir que trois cartouches maximum. C’est la loi. Monsieur le maire lui a montré comment tenir le Mauser si elle devait s’en servir contre l’agresseur. Dans l’éventualité où lui serait pris en otage.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Adolescente, elle n’était pas mauvaise au tir à la carabine pour dégommer les pipes et crever les ballons à la fête. Son père lui avait appris à viser plus bas que la cible et à gauche. D’après lui, les forains faussaient le canon de leurs fusils à plomb toujours de la même manière.&lt;br /&gt;Donc, elle avait dit au maire qu’elle savait.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;En tout cas, merci, Monsieur le maire, d’avoir opté pour un Mauser à culasse télescopique. Dix centimètres de moins en longueur que le Mauser classique. Grâce à son mécanisme amélioré, il est moins lourd et bien plus maniable. Ce Mauser-là, Bernadette, n’est pas plus compliqué à utiliser qu’un pistolet à eau. Tant mieux, Monsieur le maire. Vous enlevez la sécurité comme ceci et vous pouvez faire feu. N’ayez pas peur, Bernadette. Allez-y, Bernadette. Faites un essai.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Elle n’a pas peur.&lt;br /&gt;Elle ne vérifie pas le magasin. Elle fait confiance à Monsieur le maire. Les munitions y sont. Forcément. Trois balles. C’est la loi.&lt;br /&gt;Trois balles.&lt;br /&gt;A chacune sa destination.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Elle sort le Mauser. Doucement. L’enroule dans l’affiche. C’est mieux pour emprunter les couloirs de l’hôtel de ville. A raison, la vue du fusil ou de la carabine affolerait. Même Monsieur le maire sortant des toilettes. Elle n’est pas adjoint de sécurité. Le vrai est en bas, dans le hall d’entrée.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;On frappe. Heureusement, le verrou. Ce n’est pas Monsieur le maire. Il ne frapperait pas. Quelqu’un de la maison. Repassez. Monsieur le maire est occupé. On n’insiste pas. Les pas s’éloignent.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Elle repousse le panneau.&lt;br /&gt;Cugnaux à vol d’oiseau.&lt;br /&gt;L’hôtel de ville, épicentre d’une catastrophe annoncée.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Elle patiente une trentaine de secondes. Ferme les yeux. Pense à ses enfants. Romain, dix ans. Marion, sept. A cette heure, en récré, dans la cour d’une école de Colomiers. Ce soir, comme depuis six mois, ils retourneront dormir chez leurs grands-parents. Définitivement, cette fois.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Elle sort. Monsieur le maire toujours injoignable, sauf par SMS. Couloir désert. Escalier vide. Bruits de foule montant du rez-de-chaussée. Une noce programmée attend dans le hall qu’on lui ouvre la porte des mariages. D’en haut, il faudrait envoyer des tracts pour dénoncer l’enfer du couple.&lt;br /&gt;Elle grimpe du premier au second. Immortalisés dans leurs encadrements dorés, les anciens maires de Cugnaux l’accompagnent d’œillades paternalistes. Ils montent avec elle dans l’ordre inverse de leur chronologie. Dans son monumental cadre rond, au niveau du palier, le premier de tous termine la série en beauté, au bout de sa chaîne.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Son objectif : la salle des ordinateurs où l’équipe du service culturel et le technicien informatique sont en train de concevoir les pages d’accueil du site municipal. Toutes les villes veulent s’afficher sur le web. Cugnaux ne doit pas être à la traîne de ses voisines, Tournefeuille, Blagnac, Colomiers, qui ont déjà sauté dans le train de la modernité. Elle entend les voix qui se répondent. Ça discute. Ça pulse. Ça innove. Le deuxième étage, grenier à idées de la mairie.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Double porte grande ouverte. De dos, assis, debout, ils sont cinq. Tam, l’emploi-jeune et informaticien d’origine cambodgienne ; Mireille, la responsable adjointe du service culturel ; un stagiaire dont elle ne se souvient plus du prénom ; Lionel et Jean-Yves.&lt;br /&gt; Lionel, son ex-mari et père de Romain et Marion.&lt;br /&gt;Jean-Yves, son ex-petit ami. Son ex-amant.&lt;br /&gt;Deux ex, comme deux X marqués au fer rouge sur sa peau. Le sceau de l’infâmie. La marque des bêtes condamnées.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Elle a divorcé de Lionel pour vivre avec Jean-Yves. Mais à peine le divorce prononcé, Jean-Yves l’a laissé tomber. Lionel et Jean-Yves s’entendaient bien avant. Ils sont redevenus amis, une fois qu’elle a été larguée par l’un et par l’autre. Elle a tout perdu avec cette histoire. L’amour, la maison, les enfants, les illusions, la santé, voire la raison. Et surtout, le goût de vivre. Eux ont chacun refait leur vie. Ils ont repris femmes. De la libido qui pourrait être leur fille.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Débarrassée de l’affiche, elle pointe le Mauser devant elle. Certains se mettent à crier. Elle vise à peine, tenant le fusil ou la carabine à la taille, comme Sigourney Weaver dans Alien. Explosion, fumée, odeur de poudre, tables et ordinateurs qui se renversent, hurlements. La guerre.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Retour de force de l’arme qui la déséquilibre. Elle tombe sur le cul, comme Lionel face à elle, mais lui se tient la jambe et arrose la pièce d’un jet artériel.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Elle se cogne la tête au châssis de la porte. Ses sphincters lâchent. Elle pisse, jupe relevée, culotte visible, elle s’en fiche. Assise. La terreur face à elle. On ne voit que le fusil ou la carabine qu’elle est en train de réarmer. Facile. La culasse glisse d’arrière en avant, sans résistance. Cette fois, elle cale la crosse contre son épaule. Stand de tir. Comme papa et Monsieur le maire le lui ont appris. Vise à gauche. Un peu plus bas.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Jean-Yves dans la ligne de mire. A quatre pattes. Une main dans le sang de son copain. Sanglier à l’arrêt à moins de dix mètres. Faudrait être piètre chasseur pour le louper.&lt;br /&gt;Mais les autres sont juste derrière. Elle ne voudrait pas blesser Mireille ou le stagiaire sans nom. Ne lui ont rien fait. N’y sont pour rien. Elle ne doit sa situation qu’à un amant sans scrupule et à un mari au cœur sec, incapable de pardonner.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Deux beaux salauds !&lt;br /&gt;Elle tire.&lt;br /&gt;Nouvelle détonation. Nouvel écran de fumée. Plus épaule écrasée contre la cloison.&lt;br /&gt;Au rez-de-chaussée, les futurs mariés qui attendent doivent imaginer cette salve en leur honneur. Quelle mairie ! Ils pensent à tout.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Elle a fait mouche. Jean-Yves éclabousse de son sang le lino lavande de la salle informatique. Avec Lionel, ils font la paire. Frères de sang, à la vie, à la mort.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La troisième balle du Mauser pour elle. C’est prévu. Malgré son bras endolori, elle retourne l’arme. Comme elle l’a vu faire au ciné, elle prend dans la bouche le bout du canon brûlant. Dans le film, assis sur sa chaise, le candidat au suicide appuyait sur la détente avec son gros orteil. Avec le pouce, elle devrait y arriver.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Seulement, Tam, l’emploi-jeune, est un rapide. Il lui tombe dessus, lui casse le poignet et peut-être le fémur, arme plus 80 kilos broyant la cuisse coincée dessous. En même temps, la détonation leur explose le cerveau à tous deux. Leurs tympans partent avec le projectile par la porte ouverte. Balistique et hasard. La balle brise un maillon de la chaîne au-dessus du maire en majesté dans son tableau rond. Lequel choit sur le palier, reste debout et roule jusqu’à passer entre deux piliers de la balustrade.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Trois secondes plus tard, deux étages plus bas, il écrase la promise en attente de célébration officielle. La mariée qui ne l’est pas encore meurt sur le coup. A temps. Juste avant de dire oui à l'enfer.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;texte et image&lt;br /&gt;Jan Thirion&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;.·´¯`·....·´¯`·.¸.·´¯`·...¸&gt;&lt;((((º&gt; &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;site de Jan Thirion&lt;br /&gt;&lt;a href="http://thirion.free.fr"&gt;http://thirion.free.fr&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;.·´¯`·.¸.·´¯`·....·´¯`·.¸.·´¯`·....·´¯`·.¸.·´¯`·...¸&gt;&lt;((((º&gt; &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;édition krakoën&lt;br /&gt;&lt;a href="http://www.krakoen.com"&gt;http://www.krakoen.com&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;·´¯`·.¸.·´¯`·...¸&gt;&lt;((((º&gt;&lt;br /&gt;.&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/25112101-114950711703562993?l=franz22.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://franz22.blogspot.com/feeds/114950711703562993/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=25112101&amp;postID=114950711703562993' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/25112101/posts/default/114950711703562993'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/25112101/posts/default/114950711703562993'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://franz22.blogspot.com/2006/06/une-arme-contre-les-dsesprs.html' title='Une arme contre les désespérés'/><author><name>jean-benoit thirion</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-25112101.post-114814334695420577</id><published>2006-05-20T09:39:00.000-07:00</published><updated>2006-10-27T07:16:21.930-07:00</updated><title type='text'>Dans la nuit, une pierre blanche</title><content type='html'>&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://photos1.blogger.com/blogger/3947/2612/1600/visage25.jpg"&gt;&lt;img style="float:left; margin:0 10px 10px 0;cursor:pointer; cursor:hand;" src="http://photos1.blogger.com/blogger/3947/2612/320/visage25.jpg" border="0" alt="" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;Je dors et je suis éveillée. La nuit passe lentement et trop vite à la fois. Je pense à une grande aile de cafard au-dessus de nous. Je me souviens, j’ai quatre ans. Les autres respirent à l’unisson, sauf celui qui tousse de l’autre côté de la paillote et ma mère qui respire plus fort car elle est contre moi. Dans la nuit monte une pierre blanche. Je pense à la lune au sourire triste. Elle ressemble au visage de mon père qui nous sourit quand il nous quitte le matin pour aller travailler avec les autres hommes.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; Comme on est nombreux, tout le monde ne dort pas sous la paillote. C’est la même chose dans toutes les paillotes. On se place selon l’ordre d’arrivée. Les derniers se couchent sous les étoiles. La nuit de la pierre blanche, nous sommes au bord de la paillote, sans toit au-dessus de nous. Comme ce n’est pas la saison des pluies, ça ne fait rien. Nous sommes arrivés en queue de groupe. Mon père a traîné. J’ai su pourquoi après. Il s’est arrangé pour laisser passer les autres. Il tenait à ce qu’on se couche entre le bord de la paillote et le muret, ma mère, moi et lui, et personne d’autre après lui.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; Tout le monde dort car tout le monde est exténué. On entend les crapauds, les grillons, un cri de temps en temps, parfois un coup de feu, mais pas cette nuit encore. On s’endort avec le ventre quasiment vide. Le bol de gruau qu’on nous sert le soir nous nourrit à peine. On ne tiendrait pas le coup si on ne mangeait pas en cachette des racines et des insectes. Mon père et ma mère me ramènent tout ce qu’ils peuvent. J’attrape les fourmis que je croque comme des graines de sésame. Je mange les sauterelles que j’ai du mal à attraper moi-même, les papillons sans les ailes, les chenilles. C’est très bon, les chenilles. J’aime aussi les lombrics qu’il faut nettoyer avec de la salive pour enlever la terre. Pour ne pas tomber malade, mon père veut que je les mange vivants.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; La pierre blanche au-dessus de moi n’est pas la lune. La lune est plus basse, dans les branches d’un arbre, et nous éclaire comme en plein jour. Je fais semblant de dormir. J’essaie de comprendre, mais à quatre ans on ne comprend que ce qu’on peut comprendre à quatre ans. Avec la pierre blanche je vois également le visage de mon père. Il ne dort pas. Il est au-dessus de moi, alors qu’il devrait être allongé près de moi. J’ai peur qu’on l’aperçoive assis ou à genoux. Les gardes ne veulent pas qu’on bouge la nuit. Nos gardes sont des grands enfants sans pitié. Si l’un d’eux voit mon père, il peut venir le frapper avec la crosse de son fusil et, le lendemain matin ou un jour suivant, mon père peut partir avec le camion de ceux qu’on transfère ailleurs. Ils partent, on ne les revoit jamais. D’autres arrivent à la place, eux à pied.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; Normalement, ma mère ne devrait pas être avec nous. Les femmes sont dans un camp à part. On ne sait pas ce qu’elles font. Les enfants restent dans le camp des hommes. Si ma mère est avec nous, c’est qu’elle se fait passer pour ma grande soeur. Sa petite taille et son beau visage a permis à mon père de mentir aux gardes. Elle compresse ses petits seins sous des bandelettes.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; Dans la journée, nous, les enfants, nous travaillons dans les champs et les rizières, pendant que les hommes font des travaux de terrassement. Matin, midi et soir, on nous parle de l’Angka. Nous devons apprendre à devenir des fanatiques du travail et nous devons être joyeux de nous sacrifier pour l’Angka. L’école prend fin à chaque fois par un chant qu’on reprend tous en choeur, prisonniers et gardes aux foulards à petits carreaux : “Nous n'avons pas peur de la nuit, du jour, des vents, des tempêtes, de la pluie et des maladies grâce à l’Angka, l’Angka, l’Angka...”&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; Mon père est médecin. Il fait croire qu’il est mécanicien. Il ne porte plus de lunettes comme avant. Les lunettes trahiraient ses origines intellectuelles. Dès le premier jour, il s’en est débarrassé. Je le vois au-dessus de moi, avec la pierre qu’il tient dans ses mains. J’ai l’impression qu’il me sourit. En fait, il pleure, il serre les dents. J’ai peur pour lui et j’ouvre les yeux. Ils vont voir que tu n’es pas couché, papa, ils vont te crier dessus, ils vont te frapper. Mes yeux parlent mieux que moi. Mon père les comprend et devine mon angoisse. Il se recouche avec sa pierre. Il sanglote. Il m’embrasse. Il se fige quand un garde passe en contrebas. Moi aussi je ne bouge plus.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; Plus tard, quand tout sera fini, mon père m’avouera qu’il a voulu me tuer cette nuit-là, avec la pierre blanche, en me fracassant la tête. De la même manière, il aurait tué ma mère durant son sommeil. Ensuite, il aurait couru dans le camp. Il aurait crié. On l’aurait abattu. Que je ne dorme pas l’a empêché d’accomplir l’irréparable. Il n’a pas eu le courage de nous délivrer de notre enfer.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; Pas une nuit depuis sans que je me réveille en larmes, une pierre blanche dans la nuit qui me regarde.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;texte et image&lt;br /&gt;Jan Thirion&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;.·´¯`·....·´¯`·.¸.·´¯`·...¸&gt;&lt;((((º&gt; &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;site de Jan Thirion&lt;br /&gt;&lt;a href="http://thirion.free.fr"&gt;http://thirion.free.fr&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;.·´¯`·.¸.·´¯`·....·´¯`·.¸.·´¯`·....·´¯`·.¸.·´¯`·...¸&gt;&lt;((((º&gt; &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;édition krakoën&lt;br /&gt;&lt;a href="http://www.krakoen.com"&gt;http://www.krakoen.com&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;·´¯`·.¸.·´¯`·...¸&gt;&lt;((((º&gt;&lt;br /&gt;.&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/25112101-114814334695420577?l=franz22.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://franz22.blogspot.com/feeds/114814334695420577/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=25112101&amp;postID=114814334695420577' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/25112101/posts/default/114814334695420577'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/25112101/posts/default/114814334695420577'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://franz22.blogspot.com/2006/05/dans-la-nuit-une-pierre-blanche.html' title='Dans la nuit, une pierre blanche'/><author><name>jean-benoit thirion</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-25112101.post-114500127649169297</id><published>2006-04-14T00:46:00.000-07:00</published><updated>2006-10-27T07:18:17.780-07:00</updated><title type='text'>Faire le vide en soi</title><content type='html'>&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://photos1.blogger.com/blogger/3947/2612/1600/visage22.jpg"&gt;&lt;img style="float:left; margin:0 10px 10px 0;cursor:pointer; cursor:hand;" src="http://photos1.blogger.com/blogger/3947/2612/320/visage22.jpg" border="0" alt="" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;- Il n’est pas revenu, Monsieur Hernandez ?&lt;br /&gt;Dialogue de jardin, d’une des propriétés en face. A la voix masculine qui attend Monsieur Hernandez, il est répondu un mmmmmm incompréhensible par une voix féminine. Sans doute Madame Hernandez. La musique est audible, pas les paroles. Tous les mots proférés par la femme arrivent comme des chuintements.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;- Il est parti faire une course ? Bien. Vous lui direz qu’il peut venir piquer un plongeon et prendre un verre quand il sera de retour, dit l’homme.&lt;br /&gt;- Mmmmmm, répond la femme.&lt;br /&gt;- Il fait chaud, ça ne se refuse pas quelques longueurs de bassin. Elle est bonne. Ce n’est pas pour l’obliger. Vous lui direz de venir s’il veut, dit l’homme.&lt;br /&gt;- Mmmmmm.&lt;br /&gt;- Avec ce temps, hein ? Faut en profiter. S’il ne peut pas venir, vous lui dites que pour demain c’est d’accord, comme convenu, s’il n’y a pas d’empêchement, mais il n’y a pas de raison, hein ? On ira assez tôt au garage et il me raccompagnera. Mais, ce n’est pas pour ça que je l’invite à passer cet après-midi.&lt;br /&gt;- Mmmmmm.&lt;br /&gt;- Et votre nouvelle place, comment ça va ?&lt;br /&gt;- Mmmmmm.&lt;br /&gt;- Elle est bien, la dermato ? Vous avez de la chance d’avoir trouvé si rapidement, et pas loin. A mi-temps, c’est bien pour vous, ça laisse du temps. Et puis, avec votre dos.&lt;br /&gt;- Mmmmmm.&lt;br /&gt;- Tant mieux si ça s’arrange. L’acupuncture, je n’ai jamais essayé. Vous me donnerez l’adresse. On ne sait jamais. Je touche du bois. Lily est en pleine forme et moi aussi. Le sport, quand on peut, il n’y a pas de mystère. Voyez votre mari. Il pète la forme, il profite bien de sa retraite.&lt;br /&gt;- Mmmmmm.&lt;br /&gt;Allez, j’y vais. Je vais piquer une tête, ça me rafraîchira. Faites-lui la commission. Bonne fin d’après-midi.&lt;br /&gt;- Mmmmmm.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Les voisins. Hernandez ou Fernandez. Monsieur et Madame. Et un voisin, sans nom pour le moment, mais propriétaire d’une piscine. Les gens d’en face. Leurs maisons ressemblent à celle de sa propriétaire. Il ne connaît encore personne, il emménage.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Quartier tranquille, bien arboré, aux haies végétales denses. Le lotissement ne date pas d’hier. Il s’est choisi une rue momifiée, sans voitures qui brûlent la nuit, sans soucis, une rue de troisième âge, de plan PEP et d’assurance-vie. Le miroir inversé de sa vie professionnelle.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Franz est bien tombé.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Sa propriétaire s’appelle Capdevielle. Maud Capdevielle. Elle est aussi sa voisine, puisqu’elle habite le rez-de-chaussée de la maison. Elle lui loue ce studio meublé à l’étage. La précédente locataire, Blanche Nouvelain, d’après le nom sur la boîte aux lettres et la sonnette qu’il n’a pas encore changé, doit repasser prendre ses dernières affaires : des cartons, un meuble démonté, un vélo d’appartement, un écran, un caoutchouc et plusieurs grandes photos encadrées.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il a trouvé l’annonce dans le 31 de la semaine dernière. Il a signé le bail samedi. Rajoutées au stylo sur le contrat-type des baux meublés, une clause stipule qu’il ne doit pas faire de bruit après 22 heures et une autre interdit la présence d’un animal de compagnie. Maud Capdevielle lui a expliqué que la villa était mal insonorisée. Elle a vécu une mauvaise expérience avec ses premiers locataires, des jeunes, qui mettaient leur musique et leur télé à fond jusqu’à des heures impossibles. D’autre part, elle refusait les bêtes pour ne pas énerver son propre chien qui ne les supportait pas, que ce soit chien, chat ou autre. La moindre présence animale le fait aboyer et c’est gênant pour tout le monde.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Savoir Franz policier lui a fait revoir au moins la première clause. Pour peu qu’il reste discret dans ses allées et venues, qu’il ne claque pas les portes, par exemple, ou qu’il ne dévale pas bruyamment l’escalier extérieur en secouant la rambarde de fer forgé descellée par endroits.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Chants d’oiseaux, circulation sur la rocade pas loin, tondeuse quelque part ou machine qui y ressemble, bruissements divers. Il essaie de faire le vide en lui. Pas simple. Pourtant dix minutes de vide destresse  et remet d’aplomb pour le reste de la journée. Assis en tailleur sur son tapis indien Navajo Ikéa, il vide sa poubelle mentale. Il fait bien comme il faut. Une jambe sur l’autre, buste droit, bras relaxés, main droite sur main gauche, paumes vers le ciel et bouts des pouces qui se touchent. Les pouces doivent se toucher, afin que l’air, le sang et l’esprit circulent dans le cercle formée par la tête, les bras et les mains. Qui ne pense plus n’a plus peur de la mort.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Régulièrement, il a besoin de croire qu’il n’a pas peur de la mort.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mais, c’est très compliqué d’arriver à faire le vide en soi.&lt;br /&gt;Il n’y arrive jamais vraiment. Il y a toujours des petits bouts de mort qui restent coincés entre les dents de sa pensée. Exemple : la teneur en plomb dans l’atmosphère jouerait un rôle crucial dans l’augmentation de la criminalité.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La polyphonie des préoccupations professionnelles et des tourments personnels ne connaît pas de pause zen. Il se sépare de Sophie. Un dernier raccommodage n’a pas tenu. La solution pour le bien de chacun. Son vague à l’âme a mis des lunettes noires, son cœur choqué a enfilé le gilet pare-balles, le nouveau, ultra-léger, en Kevlar, à l’épreuve des .9 mm et des chagrins d’amour.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Défile aussi en boucle la mort mystérieuse d’un individu de sexe masculin non identifié à Lardenne. C’est tout frais. Un macchabée qu’on retrouve nu dans un cimetière, a priori ça semble normal dans un tel lieu, sauf qu’il est venu tout seul et qu’il ne sort d’aucun caveau.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Et puis surtout, ça ressemble étrangement à la découverte faite rue des Gestes, samedi, puisque c’est le second cadavre inconnu qu’on retrouve en tenue d’Adam.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Autre dossier ouvert à la criminelle : une plainte contre X déposée par l’association des étudiants étrangers de Toulouse, après trois tentatives de viol, un viol avéré et une mort suspecte en trois semaines.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;A l’esprit également, le manque d’effectifs dans les rangs des officiers de police. 150 flics au SRPJ de Toulouse. Insuffisant pour faire face à la criminalité dont les adeptes se multiplient exponentiellement. La grogne est partout en ce moment, les revendications fleurissent. On voit depuis plusieurs jours ceux de la police municipale manifester devant le Capitole, chaque matin, entre onze heures et midi. Jeudi est prévue “la marche contre l’insécurité” des commerçants toulousains. Les policiers en congé défileront avec.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Raté donc, le vide intérieur.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il y arriverait mieux avec la télé allumée, deux pizzas, trois joints, quatre Prozac et cinq bouteilles de vodka.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Une voiture ralentit dans la rue. S’arrête même. Il entend grincer le portail. La curiosité lui fait abandonner sa posture en tailleur. Il se tient en retrait de la fenêtre ouverte, les cuisses endolories. Sa propriétaire est de retour avec son vieux break Peugeot qu’elle rentre, longeant les thuyas, jusqu’au garage collé à la maison. Il aime ces douleurs qui s’estompent après une trop longue immobilisation.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Maud Capdevielle retourne fermer. Elle revient ouvrir son hayon et sort un sac imposant qu’elle traîne, devine-t-il, jusqu’au perron . Elle réapparaît derrière la voiture et sort cette fois deux sacs plus petits. Elle claque le hayon. Maud Capdevielle est menue, un peu trop peut-être. Franz lui donne entre 30 et 40. Quand elle ouvre la portière arrière, il voit la tête du chien noir couché sur la banquette. Elle lui a dit la race, il ne s’en souvient plus. Par contre, il se souvient du curieux nom qu’elle lui a donné : le bruit court. Original. Le bruit court. Jamais il n’aurait eu l’idée d’appeler un chien de la sorte.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mais le bruit court n’a pas de chance, il est malade. Il suit une chimiothérapie.&lt;br /&gt;En temps normal, c’est un gardien intraitable, lui a assuré Maud Capdevielle. Il n’aboie pas, sauf aux bêtes, il vous regarde fixement, les babines retroussées, ça dissuade de pénétrer sur son territoire. Les trois fois où Franz est entré dans l’appartement du bas, dont la dernière fois pour signer le bail et l’état des lieux, il n’a vu qu’un grand chien somnolent sur son tapis de mousse.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;- Debout ! Viens à la maison ! Le bruit court, debout ! Au pied ! Viens ! Allez, allez !&lt;br /&gt;Maud Capdevielle n’arrive pas à le faire sortir de la voiture. Elle essaie de le tirer par son collier. Elle n’a pas peur de se faire mordre. Le chien continue à faire le mort. Il ne veut pas descendre. Allez, viens, du courage, dit-elle, abandonnant. Elle retourne à l’arrière de la Peugeot, empoigne ses sacs et vient vers la maison. Elle appelle de nouveau son chien, en vain. Franz entend la porte du bas qui s’ouvre. Il entend les pas sur le sol. Les bruits montent. Il écoute, elle range ses achats.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Pourquoi se cacher ? C’est idiot. Il n’espionne pas. Elle est est la propriétaire, il est le locataire. Ils sont voisins. Chacun chez soi, d’accord, ça n’empêche pas d’entretenir de bonnes relations. Lorsque Maud Capdevielle ressort, il se penche à la fenêtre et la salue.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;- Il fait une de ces chaleurs, dit-elle, la main en visière. Vous avez fini de ranger ?&lt;br /&gt;- Pas vraiment. Rien ne presse.&lt;br /&gt;- Si vous avez besoin de sacs neufs pour l’aspirateur, j’en ai en réserve.&lt;br /&gt;- Je crois que ça ira pour le moment.&lt;br /&gt;- Dites, excusez-moi, mais je vais peut-être avoir besoin d’un coup de main si ça ne vous dérange pas. Je n’arrive pas à faire sortir le bruit court de la voiture.&lt;br /&gt;- D’accord. Je descends.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il descend l’escalier extérieur lentement, car les marches suspendues vibrent avec la rambarde.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;- Je vais le tirer, vous lui soutiendrez l’arrière-train, explique la propriétaire, après la poignée de mains. Le véto l’a piqué pour des examens, il est encore endormi.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Elle le prend par les pattes et le collier, il se laisse faire, c’est un poids mort, avec une longue et fine tête aux oreilles pendantes. Franz fait comme elle le lui a demandé, il l’attrape sous le bassin dès que le haut du corps est sorti de la voiture, sinon il tomberait sur le gravier.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;- Il est moins lourd qu’avant, dit-elle. Ça va ?&lt;br /&gt;- Pas de problème, répond Franz. J’espère que je ne lui fais pas mal.&lt;br /&gt;- Remarquez, je suis bête, j’aurais pu le laisser dormir dans la voiture en ouvrant des deux côtés pour qu’il ait moins chaud. Bon, mais maintenant qu’on y est... On y va ?&lt;br /&gt;- Allons-y.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Brancardiers, ils vont jusqu’au perron, elle à reculons. Le chien ne remue pas dans leurs bras. Son poil est terne, ses cotes apparentes sous le pelage ras, il sent l’hôpital. Trois marches à gravir et ils sont dans la maison. Elle montre du menton le grand sac jaune Royal Canin en appui après la porte.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;- Je l’ai acheté, mais il n’en veut plus de ses croquettes en ce moment.&lt;br /&gt;Ils rentrent dans le salon où se trouve le matelas du chien, près d’une gamelle d’eau. Ils l’y déposent doucement. Le bruit court lève la tête, comme pour parler, et la repose. Une patte arrière s’étire et tremble légèrement.&lt;br /&gt;- Vraiment, merci beaucoup.&lt;br /&gt;- C’est rien.&lt;br /&gt;- Si, tout de même. Je vous ai dérangé.&lt;br /&gt;- Pas du tout.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;- Je vous offre un verre ? C’est peut-être trop tôt pour l’apéritif ? Quelle heure ? Non, ça va. Allez, j’ai un petit blanc au frigo. Un Tariquet. Vous connaissez ? Sinon, je nous fais du thé. J’ai un très bon Lapsang Souchung. Mais moi, ça me dit un petit blanc frais fruité.&lt;br /&gt;- D’accord. D’accord pour le petit blanc, puisque vous me prenez par mon péché mignon. Vous voulez que je vous rentre le sac dehors ?&lt;br /&gt;- Avec plaisir. Mettez-le dans la cuisine, sous la chaudière. Je vous quitte trois minutes, je vais me changer, je suis en nage.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il la suit, elle ferme la porte d’entrée, elle prend le couloir, il soulève le sac Royal Canin et passe dans la cuisine, sur la droite, qui donne sur la rue. Il dépose sous la chaudière son sac près d’un sac similaire, à moitié replié. Maud a déposé ses emplettes sur la table. L’un des paquets vient d’une pharmacie. Il y a déjà des boîtes de médicaments sur le plan de travail, près de la plaque à induction. Un téléviseur est encastré dans le mobilier. Il l’a pris au départ pour un deuxième micro-ondes.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;De retour au salon, il regarde les photographies sur le demi-queue Yamaha où se trouvent également d’autres boîtes de médicaments. Un chien malade consomme à lui seul autant de médicaments qu’une maison de retraite, se dit-il. Deux enfants figurent sur les clichés exposés, un garçon et une fille à différents âges, de la petite enfance à la dizaine d’années. Des jumeaux photographiés ensemble ou séparément. Ils ont des traits de Maud Capdevielle, surtout sur les photos les plus récentes. Dans l’autre partie de la pièce, en épi, une bibliothèque couvre deux murs jusqu’au plafond. Les livres partagent le meuble avec un grand écran 16/9ième et du matériel hi-fi. Sur une table basse, devant un fauteuil vert au cuir usé, repose un casque à écouteurs sans fil, donc à infrarouge, entre une statuette africaine et quelques revues. Sur le mur nu de ce renfoncement, un étrange masque rectangulaire, de la taille d’un bouclier, percé de deux yeux et surmonté d’une tête d’oiseau sommairement sculpté, assure la surveillance. Impossible d’en donner l’origine, contrairement à la statuette debout sur la table.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt; Il l’entend revenir et retourne de l’autre côté. Tête dressée, le chien l’observe sans animosité. Il est réveillé. Franz lui fait un petit signe de la main. Le chien retombe lentement sur le flanc, l’oreille retournée et le dos en dehors du matelas.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Bouteille et verres en main, Maud Capdevielle s’excuse de l’avoir fait attendre. Elle a changé son T-shirt rose à fleurs contre un débardeur blanc côtelé. Un corsaire écru a remplacé également son pantalon noir. Elle paraît plus frêle et plus petite.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;- Il est bien frais. Asseyez-vous.&lt;br /&gt;Il prend place dans le canapé. Le cuir gémit.&lt;br /&gt;Elle n’a ni le temps de servir le vin ni de s’asseoir, un téléphone sonne à proximité.&lt;br /&gt;- Excusez-moi.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il prend les verres et la bouteille. Elle retourne dans le couloir. Il cherche où poser les verres et la bouteille, il n’y a pas de guéridon ici. Sinon, il lui faut se relever et aller à la table. Il essaie de ne pas écouter ce qu’elle dit. Le pouf à motifs nord-africains ne lui paraît pas convenir, il pose donc les verres et la bouteille directement sur la moquette. Il remplit de moitié chacun des verres à pied de liquide solaire. Le verre de la bouteille est bien froid. Tariquet indique l’étiquette. De l’autre côté, un dessin d’oiseau orne l’étiquette explicative.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;- Je ne sais pas encore comment je vais faire, l’entend-t-il expliquer, je n’ai personne pour le garder, il est sous traitement. Il faut s’occuper de lui, lui donner ses médicaments... une dizaine de jours maximum.... Non, je ne préfère pas. Il vaut mieux ne plus retarder l’échéance. Ils m’opèrent mardi, normalement. Ecoute, Maman, ne t’inquiète pas, je vais me débrouiller et... Oui... Oui... Mais non, rassure-toi, ça se passera très bien. C’est pris à temps. Je ne suis pas la seule dans ce cas... Oui. Il le fallait... 75% de chance de guérison, c’est beaucoup... Mais non... Ne te fais pas de soucis. Je sais que tu ne peux pas te déplacer. Soigne-toi, toi aussi... Ecoute, excuse-moi, mais j’ai quelqu’un, je te rappellerai plus tard si tu veux bien... Mais non... Oui, c’est le nouveau locataire... Oui... Très aimable. Très gentil... Ne t’inquiète pas. Tout ira très bien. Le bruit court s’en sortira aussi... Je sais bien, Maman... Excuse-moi. Je t’embrasse... Moi aussi... Je te rappellerai... Je t’embrasse...&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Elle revient. Il fait celui qui n’a rien entendu. Elle fait celle qui le croit. Elle s’installe au bout du canapé, tournée vers lui. Il lui tend un verre. Ils trinquent.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Légèrement sucré, le Tariquet est doux au palais. Au moins un point positif de cette journée de repos, pense-t-il. Il n’a rien foutu. Il a dormi. Il a à peine rangé.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;- Excellent, dit-il.&lt;br /&gt;- Rafraîchissant, dit-elle.&lt;br /&gt;- Et fruité.&lt;br /&gt;Elle rit et ajoute :&lt;br /&gt;- Ils pourraient nous embaucher pour en tourner la pub !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Un petit mètre les sépare. Sur la nuque de sa propriétaire, juste derrière l’oreille, il voit battre une veine. Elle a des bras d’adolescente d’une douceur opaline.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;- Dites-moi, je crois que vous n’êtes pas en service aujourd’hui, non ? dit-elle. Je vous demande ça parce que... Je ne devrais peut-être pas. Vous êtes policier.&lt;br /&gt;- Les jours de repos, c’est sacré, je ne suis plus policier. Voyez, je suis pas armé et je bois de l’alcool, alors que c’est bien connu, un policier ne boit jamais durant son service !&lt;br /&gt; - Très bien. Alors, je me lance. Ne vous inquiétez pas, ce n’est pas une proposition malhonnête. J’ai envie de fumer, de fumer de l’herbe. Un joint, si vous préférez. Qu’est-ce que vous en pensez ? Moi, ça me détend. Et le bruit court en profite aussi. Je lui souffle de la fumée dans les naseaux. Il n’a pas l’air de détester. J’espère que vous n’allez pas me passer les menottes. Faute avouée, faute à demi-pardonnée, n’est-ce pas ?&lt;br /&gt;- Un joint, vous dites ? Pourquoi pas ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il répond au sourire, il remarque une larme. Il regarde son verre. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Quand il relève la tête, les yeux de Maud brillent cette fois normalement. &lt;br /&gt;Elle lui demande : &lt;br /&gt;- Vous aimez les chiens ? &lt;br /&gt;&lt;br /&gt; * * *&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;texte et image&lt;br /&gt;Jan Thirion&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;.·´¯`·....·´¯`·.¸.·´¯`·...¸&gt;&lt;((((º&gt; &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;site de Jan Thirion&lt;br /&gt;&lt;a href="http://thirion.free.fr"&gt;http://thirion.free.fr&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;.·´¯`·.¸.·´¯`·....·´¯`·.¸.·´¯`·....·´¯`·.¸.·´¯`·...¸&gt;&lt;((((º&gt; &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;édition krakoën&lt;br /&gt;&lt;a href="http://www.krakoen.com"&gt;http://www.krakoen.com&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;·´¯`·.¸.·´¯`·...¸&gt;&lt;((((º&gt;&lt;br /&gt;.&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/25112101-114500127649169297?l=franz22.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://franz22.blogspot.com/feeds/114500127649169297/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=25112101&amp;postID=114500127649169297' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/25112101/posts/default/114500127649169297'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/25112101/posts/default/114500127649169297'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://franz22.blogspot.com/2006/04/faire-le-vide-en-soi.html' title='Faire le vide en soi'/><author><name>jean-benoit thirion</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-25112101.post-114448579779897449</id><published>2006-04-08T01:25:00.000-07:00</published><updated>2006-10-27T07:20:09.740-07:00</updated><title type='text'>Etat anxieux commun</title><content type='html'>&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://photos1.blogger.com/blogger/3947/2612/1600/visage7thirion.jpg"&gt;&lt;img style="float:left; margin:0 10px 10px 0;cursor:pointer; cursor:hand;" src="http://photos1.blogger.com/blogger/3947/2612/320/visage7thirion.jpg" border="0" alt="" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;D'un physique incertain, d’une taille commune, Horace s'alimente peu et mal. Il a la maigreur et le teint diaphane d’un stalactite. Ses neuroleptiques lui coupent l’appétit. En fait, il ne mange avec gourmandise que les tomates cuites préparées par sa propriétaire. Comme si elle les saupoudrait d’une épice spéciale propice à leur donner une odeur et un goût irrésistibles. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il habite un rez-de-jardin chez une vieille dame qui collectionne des masques du monde entier. Jadis, elle avait un mari qui voyageait beaucoup pour ses affaires et qui ne manquait jamais d'en ramener à chacun de ses retours. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Même dans le studio qu’elle lui loue, il y en a partout, d’Afrique, d’Asie du Sud-Est, Java, Bali, Sumatra, Papouasie, des têtes moches comme tout qu’il a eu bien du mal à supporter dans les premiers temps. Le fait qu’il soit sujet aux hallucinations n’arrange pas les choses. Surtout la nuit, où, dans l’obscurité, il est capable d’imaginer les pires choses. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Heureusement, à la longue, en variant les doses de médicaments, il a fini par s’en accommoder, par ne plus les voir. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;En revanche, avant de trouver le sommeil, lui parvient toujours le bruit des insectes qu’il imagine à l’intérieur des masques, en bois pour la plupart. Insectes xylophages boulottant tout ce qu’il est possible de boulotter sans jamais sortir de leur cachette, un peu comme les âmes des cadavres infantilisés suçotant pour l’éternité leur suaire en guise de doudou. Avec en prime, ce genre de comparaisons qui lui tournent la tête pour le tenir éveillé, qu’il devrait sur le champ noter, car le lendemain c’est oublié. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La respiration d’une personne à ses côtés dans sa banquette-lit pourrait engendrer un bruit similaire. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Avec les phrases qui tournent en lui, le destin littéraire qu’il s’invente, le souffle de la personne absente l’accompagne jusqu’au moment enfin de sombrer. &lt;br /&gt;Il dort seul. Il vit seul. Il n’a jamais compris comment s’y prendre pour frayer en société. On le fuit ou c’est lui qui fuit les autres, il ne sait plus trop. Il met ça sur le compte de sa maladie mentale. Sa psychose chronique fait le vide autour de lui. &lt;br /&gt;Il s’est fait une raison. Il ne lutte plus. Il ne connaîtra sans doute jamais les joies de l’amour. Tant pis. C’est un destin nietzschéen. La survie de l’espèce se passera de ses services. Il ne peuplera pas la Terre de petits Horace hallucinés. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ce soir-là, n’étant pas au courant de ses troubles psychiques qui se traduisent en cas de crise aiguë par une sensation de transformation corporelle, la propriétaire l’invite à venir voir sa collection d’insectes, de coléoptères et d’araignées, car feu son mari se piquait aussi d’entomologie. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Horace reste subjugué par ces centaines d’élytres, de mandibules, d’antennes, de dards, de pattes griffues et poilues. Il suffoque de plaisir devant tant de variétés de venins, de carapaces et de leurres. Tout le sidère. Ces outils de mort naturels, ces organes façonnés par la peur. Des merveilles. Des trésors. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;- Vous voyez comme la nature est intelligente, mon petit Vorace ? chuchote l’haleine octogénaire. &lt;br /&gt;- Je vois, Madame, oui je vois. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le frisson qui le parcourt soudain lui rappelle qu’il est bientôt l’heure de sa prise de médicaments du soir.   &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Trop contente de faire la conversation, la vieille dame le retient encore. Elle lui glisse une boîte sous le nez. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;A l’intérieur, deux scorpions s’observent : un gros et un petit. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;- Vous voyez, mon petit Vorace, explique-t-elle dans un grelot de rire contenu, le gros scorpion c’est la femelle, le petit c’est le mâle. Ils vont s’accoupler, et une fois l’accouplement terminé la femelle tuera le mâle. Comme chez les mantes religieuses et d’autres espèces d’insectes. &lt;br /&gt;- Aussi bêtes que les humains, lâche-t-il, en pensant à ceux qui ont la chance d’être ensemble et qui s’entre-déchirent pour des broutilles. &lt;br /&gt;- Vous avez raison, mon petit Vorace, vous avez raison. &lt;br /&gt;- Horace, Madame. Horace. &lt;br /&gt;- Oui, mon petit Vorace. J’entends bien. Je ne suis pas sourde. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Cette fois, il est sur le point de partir, mais la vieille dame arrive encore à lui montrer son spécimen vivant préféré : un long monstre d’une trentaine de centimètres, couleur chair. Scolopendre de Madagascar indique l’étiquette fixée à la boîte de verre. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;- Une femelle, précise le grelot de rire contenu. Pour bien faire, il me faudrait le mâle. C’était le rêve de mon époux de les réunir. Vous n’avez pas de femelle scolopendre chez vous, mon petit Vorace ? &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il rougit. La vieille dame blague. Il entend tout de même une involontaire allusion à sa solitude. &lt;br /&gt;- Non, répond-t-il, suivi d’un chevrotement. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La vieille dame le fixe soudain d’un regard étrange. Ça le trouble. Il recule de trois pas. C’est comme s’il l’a voyait autrement. Comme sur le point d’ouvrir une énorme bouche obscure, distendre ses mâchoires pour goulûment lui gober la tête avant une lente succion. C’est peu dire qu’il se sente oppressé. Attention aux hallucinations ! Il doit rapidement prendre ses médicaments avant le déclenchement de la crise. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;- Excusez-moi, Madame, je dois y aller. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il se précipite sur le palier, dévale l’escalier extérieur. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;- Mon petit Vorace, vos tomates farcies, vous oubliez vos tomates farcies ! &lt;br /&gt;Les tomates farcies. Il les avait oubliées. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il s’oblige à remonter prendre le plat qu’elle lui tend. Sur leur lit de riz sanguinolent, les trois tomates farcies forment comme une tête d’énorme sauterelle rouge. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il n’a jamais été très légumes, ni fruits d’ailleurs. Pourtant, les tomates cuisinées de la vieille dame, il les apprécie. A se demander ce qu’elle y met dans ses tomates. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La vieille dame loge au-dessus du studio qu’elle lui loue pas cher et de l’immense garage vide. Chez elle, c’est un dédale de pièces minuscules encombrées de vitrines, de masques et d’un tas d’objets hétéroclites. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;En mangeant, Horace l’entend au-dessus de sa tête. Elle se déplace sans cesse. C’est tous les jours pareil. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Quand il s’est installé ici, au début il se demandait ce qu’elle pouvait fabriquer, puis ses propres préoccupations lui ont peu à peu épargné toute sorte d’étonnement au sujet du manège de la propriétaire. Elle est chez elle. Elle est libre de faire ce qu’elle veut. Le bruit ne le gêne pas dans la journée. Le bruit ne l’empêche pas d’écrire. Il se bourre de cachets d’Haldol et tout va bien. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il a fini de manger. Le silence est revenu à l’étage. La nuit est là. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Une lumière sans contraste découpe les éléments disposés à l’intérieur du studio. Au regard de la rue, par la fenêtre, elle révèle aussi la silhouette d’Horace en mouvement au sein de l’espace. Puis, cette silhouette disparaît. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Pour la bonne raison qu’à plat-ventre sous le lit, yeux rivés au mur opposé, doigts cramponnés aux lattes, un être nu se tient à l’affût. Il rampe. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Tandis qu’il progresse en direction de la base du mur, les masques braquent sur lui leurs yeux blancs plantés dans leurs pensées obscures. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Qui pourrait entendre interpréterait l’information en terme de glissement sourd et visqueux, soutenu par un persistant crépitement éloigné, soit une fréquence secondaire n’en finissant pas d’onduler. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Un peu plus tard, l’ouverture de la porte projette un long rectangle de lumière sur le sol où s’affaire un scolopendre. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Lequel, aveuglé par la lumière brutale du lampadaire extérieur, décide de faire le mort. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La porte cesse de grincer. Des pas s’approchent. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;-Mon petit Vorace, vous êtes là ? Où vous cachez-vous ? J’ai une surprise pour vous, mon petit Vorace... &lt;br /&gt;Juste avant le grelot de rire contenu. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;De loin, si nous continuons d’observer cette maison blanche à étage, nous pouvons apercevoir, en bas de l’escalier extérieur, une vieille dame bien habillée s’entretenir avec un interlocuteur invisible à nos yeux dans son logement du rez-de-chaussée. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mais lui, paralysé, dénué de toute émotion, c’est une toute autre vision qu’il a. Dans l’encadrement de la porte se tient l’énorme femelle scolopendre de Madagascar descendue de ses hauteurs pour l’accouplement. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Un éclair de lucidité tout de même lui traverse l’esprit. Une pause de quelques secondes, mais ça lui suffit. Il empoigne sa fourchette souillée de tomate et l’enfonce dans le cou de la vieille dame. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il ne veut plus d’hallucinations. &lt;br /&gt;Il doit se battre. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;L’énorme scolopendre recule, le corps troué pissant des jets de vomi jaune. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il tient la fourchette victorieuse en l’air. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;- Tu es vorace ! &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il relève la tête ou rouvre les yeux, il ne sait pas, en entendant la voix. Une chevelure blonde lui sourit. Des tâches de rousseur lui parlent. Un nom lui revient en mémoire. Nane. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;- Toi, quand tu manges, on t’entends plus, lui dit-elle. J’ai à peine commencé que t’as déjà fini. Je te rappelle que c’est moi normalement la boulimique. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Sur la table, son assiette vide, hormis un reste de sauce et quelques grains de riz, son verre avec du vin, une bouteille de bergerac, une bouteille d’Evian, le verre de Nane, l’assiette de Nane et deux tomates farcies encore intactes. En sourdine, une musique qu’il reconnaît, Scarlatti par Scott Ross. Un disque de Nane. Elle aime le clavecin. Sur les parois de la pièce, nul masque, mais, autour de la Marylin d’Andy Warhol, des clichés en noir et blanc dans de grands cadres d’aluminium. Pas de cachets d’Haldol à prendre, ça il en est sûr, comme il est sûr que l’attend, dans le fond de la pièce, sur la table à tréteaux qui sert de bureau, l’ordinateur dont il aperçoit les insectes se courir après sur l’écran de veille. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Nane lui a raconté sa journée. Elle a commencé le dernier Paul Auster. Elle a eu envie de cuisiner des tomates farcies avec les restes de veau du week-end. L’après-midi, elle a regardé un vieux film policier, Bob le flambeur. Elle s’est endormie sur la fin. Si bien qu’elle n’a pas su si Bob avait réussi son casse. &lt;br /&gt;Au terme du repas, il la regarde se relever. Indéniablement, elle est enceinte. Il se souvient que l’échographie a dit que ce serait un garçon. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Elle part se coucher avec Paul Auster. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Lui, après la vaisselle et avoir remplacé Scarlatti par Claudio Arrau jouant Liszt, il retrouve l’ordinateur. Un mouvement de souris chasse insectes et fond noir et réaffiche Word et son texte en cours : &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ce masque-ci, ce masque-là, plutôt celui-ci, ou bien celui-là, si seulement ses pensées avaient été formulables sur l’instant. &lt;br /&gt;Tenaillé par la peur et la raison, le désir et le dégoût, avec l’étonnante révélation de n’être ni plus ni moins qu’un objet fluide comme ce qu’il avait devant les yeux, il avait apprécié cette farce comme jamais auparavant. Et sa folie ordinaire s’en trouvait comblée. Le jeu pouvait recommencer. &lt;br /&gt;« Celui-là. » &lt;br /&gt;Il fallait qu’il l’essaye. Il fallait qu'il les essaye tous, les grotesques faciès qui dansaient une sarabande sous ses paupières le soir, au moment où il s'endormait. &lt;br /&gt;« Celui-là, celui-là. » &lt;br /&gt;Ricanant ou grimaçant selon la portée des ombres, le front immense et lisse, les cavités démesurées, creusées, les orifices béants, les nids à vermines braqués, grouillants, pourquoi pas celui-là ? &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il ne comprend pas. Ce qu’il lit n’est plus son texte. On a changé ce qu’il était en train d’écrire. Ces phrases ne lui appartiennent pas. Est-ce Nane qui s’est amusée à lui transformer son texte ? Elle est gonflée. Ça ne se fait pas une blague pareille. &lt;br /&gt;Il crie pour qu’elle l’entende : &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;- C’est toi, Nane, qui a touché à l’ordi ? &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le piano d’Arrau est le seul à répondre. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Horace se lève, en colère et se dirige vers la chambre. Dans le mouvement, il heurte la pile de livres en bout de table. Tombent au sol Les Synonymes et La Mécanique des femmes de Calaferte. Enceinte ou pas enceinte, il va lui passer un savon. Ce n’est pas parce qu’il n’arrive pas encore à se faire publier qu’il faut traiter ce qu’il écrit comme une chose négligeable. Pour lui, écrire, c’est sacré. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;- Nane, c’est toi qui... &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Dans le lit, tête et bras hors de la couette, grelot de rire contenu, la vieille dame lui sourit. &lt;br /&gt;- Viens te coucher, mon petit Vorace. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;·´¯`·.¸.·´¯`·...¸&gt;&lt;((((º&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;texte et image&lt;br /&gt;Jan Thirion&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;écrit dans le cadre d'un exercice commun avec Jean-René Crampon et cyril Herry&lt;br /&gt;à partir d'un cadavre exquis, chaque auteur a rédigé sa propre version&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;les trois versions sur le site :&lt;br /&gt;&lt;a href="http://www.polarnoir.fr"&gt;http://www.polarnoir.fr&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;.·´¯`·....·´¯`·.¸.·´¯`·...¸&gt;&lt;((((º&gt; &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;site de Jan Thirion&lt;br /&gt;&lt;a href="http://thirion.free.fr"&gt;http://thirion.free.fr&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;.·´¯`·.¸.·´¯`·....·´¯`·.¸.·´¯`·....·´¯`·.¸.·´¯`·...¸&gt;&lt;((((º&gt; &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;édition krakoën&lt;br /&gt;&lt;a href="http://www.krakoen.com"&gt;http://www.krakoen.com&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;·´¯`·.¸.·´¯`·...¸&gt;&lt;((((º&gt;&lt;br /&gt;.&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/25112101-114448579779897449?l=franz22.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://franz22.blogspot.com/feeds/114448579779897449/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=25112101&amp;postID=114448579779897449' title='4 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/25112101/posts/default/114448579779897449'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/25112101/posts/default/114448579779897449'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://franz22.blogspot.com/2006/04/etat-anxieux-commun.html' title='Etat anxieux commun'/><author><name>jean-benoit thirion</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><thr:total>4</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-25112101.post-114422076925814830</id><published>2006-04-04T23:50:00.000-07:00</published><updated>2006-10-27T07:22:13.450-07:00</updated><title type='text'>Robert de Niro dans Taxi Driver</title><content type='html'>&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://photos1.blogger.com/blogger/3947/2612/1600/thirion06.jpg"&gt;&lt;img style="float:left; margin:0 10px 10px 0;cursor:pointer; cursor:hand;" src="http://photos1.blogger.com/blogger/3947/2612/320/thirion06.jpg" border="0" alt="" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;Un type normal dans un costume normal, acheté chez C &amp; A, deux pour le prix d’un, une affaire. Un type normal, mains dans les poches de la veste, propre, rasé, ni gros ni maigre, la trentaine un peu flasque peut-être. Il se redresse. Problème de maintien. Une oreillette discrète conviendrait. Un coach invisible lui ordonnerait de se redresser à chaque relâchement. Voix off. La coupe du costume, de loin, ça va. De près, manches qui s’effilochent. La couleur passe-partout, sombre comme une ride d’honnête homme. Les chaussures lui compriment les orteils. Cuir neuf. Chaussures réservées aux entretiens.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mains dans les poches, un type normal, costume cravate, cheveux courts, le miroir de l’armoire lui renvoie son image légèrement plus mince que la réalité. Miroir ami qui l’a vu grandir et s’est pris quelques signatures hormonales à l’adolescence. De face, en baissant la tête, ça va, il a encore ses cheveux. De profil, le gauche est mieux que le droit. Taille-douce à droite qui lui creuse la joue et lui donne un rictus abject. Cause, molaire creuse et abcès parodontal à répétition. Faudra l’arracher un jour.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Bruit de chasse d’eau en bas. Le miroir, un écran de cinéma horizontal sur la porte centrale de l’armoire. Porte entrouverte sur un amoncellement de fringues et de godasses. Il en fait abstraction, il ne veut s’intéresser qu’au type en costume. Derrière lui, une branche de cerisier en fleurs. Du bleu, des scarifications nuageuses en profondeur. Des pétales qui volettent jusqu’à lui. Fenêtre ouverte. Une brise, appelons ça une brise, lui glisse dans les narines un patchouli de printemps et de rocade que son eau de toilette peine à refouler.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Presque une photo kitsch. La pose. La branche de cerisier. Mains dans les poches. Il pivote vers la fenêtre. Les pétales se multiplient au pied du radiateur. Tiens-toi droit. Voix off. Il voit tout de même la carcasse du cerisier sous la floraison. Comme il se voit carcasse sous son costume. Il pivote encore. Sa vieille affiche, 2001, Odyssée de l’espace, punaisée il y a une quinzaine d’années. Toujours là. Son bureau, plan de travail, collège, lettres d’amour, lycée, lettres d’amour, fac, lettres d’amour, examens, concours, lettres d’amour. Deux rayonnages d’anciennes BD, un autre d’usuels, de vieux bouquins, polars, SF, livres de cours, poches. Toujours là. La console de jeux préhistorique. Toujours là. Le Ganesh en bronze à quatre bras, pris un jour sur le pied, veille sur sa matière grise d’appoint amenée en réaménageant ici. Ordinateur portable, imprimante, ramette, paquets d’enveloppes, liasse de CV, toute la panoplie du nomade dont on a botté le cul ailleurs. Il compte jusqu’à dix. Tiens-toi droit. Voix off. Plus de fric, plus de boulot, plus de famille, plus de logement. Obligé de revenir habiter chez ses parents.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;A dix, rapide demi-tour côté lit défait et panneau de photos, couches géologiques aplaties de sa jeunesse, pour se retrouver face au miroir de l’armoire. Regard à ne pas croiser un jour de paranoïa. Jambes légèrement écartées. Ses poings s’arrachent des poches. Bras qui se tendent dans le même mouvement. Déclics quasiment simultanés. Les lames jaillissent au bout des doigts. Lames identiques. Couteaux jumeaux. Cran d’arrêt. Manches vert d’eau, reflets nacrés. Paire de surins inutiles achetés sur un coup de tête au marché aux puces le dimanche précédant ses dix-huit ans. Robert de Niro jeune dans Taxi Driver, sauf que Robert de Niro, c’est des armes à feu.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Jamais vraiment servis, sauf à trouer du papier, du carton, à tailler du bois pour essayer. Montrés à deux ou trois copains à l’époque. Montrés à Laetitia, Laet, qui a piqué une crise de fou rire en le traitant d’Apache. Elle avait des lettres. Il croyait qu’elle parlait d’indien. Sa référence visait plutôt les mauvais garçons du temps des grands-pères ou arrière-grands-pères.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Robert de Niro jeune dans Taxi Driver. Prêt pour la bagarre. Apache. Les flingues dans les manches. Il les remplace par ses crans d’arrêt. Flammes d’acier qui jaillissent de ses poings. Tuerie programmée. Il vient chercher Jodie Foster jeune, très jeune. Laetitia ressemble un peu à Jodie Foster. Les cheveux longs. Le sourire. Le sourire du temps où il la voyait sourire.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il se relâche, baisse les bras, soupire. D’autres pétales volettent jusqu’à lui. La télé en bas. Commentaires. Info-Sports. Toute la journée Info-Sports. Son père. Dévoré par la bête de Gevaudan. Il soupire, s’asseoit au bord du lit, contemple les couteaux jumeaux. Lui ne se laissera pas bouffer par la bête de Gevaudan. Ni par Info-Sports. Les mains de Robert de Niro jeune replient l’une après l’autre les lames dans les manches. Ses couteaux. Il a été un temps où il les appelait les jumeaux. Il a passé au moins deux bonnes années à les trimballer dans ses poches ou dans son porte-documents, en fac, sans jamais les sortir. Il ne sait pas s’il s’en serait servi en cas d’agression. Un pétale se pose sur sa cuisse. Un petit trou rose et blanc dans lequel il voit un puits sans fond. Ne te laisse pas aller, redresse-toi. Voix off. C’est bientôt l’heure.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Par le pétale rose et blanc il descend l’escalier, si raide que son père ne monte plus à l’étage depuis quatre ans. L’âge d’Enzo. Son père, ex peintre en bâtiment, ex rugbyman, ex héros local qui a sauvé une femme se noyant dans la rivière en crue, l’année des inondations. Sa photo dans le journal. Son quart d’heure de célébrité quinze secondes chrono aux infos régionales de la 3. Un sous-verre avec coupure de presse accroché au mur du cabinet. Son père, ex amateur de romans historiques quand il avait le temps. Ex beaucoup de choses avant la bête de Gevaudan.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Hockeyeurs d’une autre planète à l’écran dans le salon. Vocalises du commentateur. Vocalises, vociférations. La télé parle à la place des gens. Darwin. Evolution des espèces. Bientôt, les hommes perdront leur bouche. Robert de Niro jeune dans Taxi Driver, il réduirait la télé en miettes. Le pas lourd, la canne, son père dans le couloir. Bras en bandoulière. Plus de rugby depuis longtemps, plus de pinceaux, plus de rouleaux, plus de lecture qui lui donne la migraine. Alors télé, Info-Sports, dopage sur pattes avec numéro dans le dos à longueur de journée. Une syllabe dans la bouche de son père, une deuxième, une troisième. Début de phrase à compléter. Robert de Niro s’est vite fait au pli du langage aphasique, presque aphasique. Il répond, oui j’y vais, je suis dans les temps. Syllabe du père, traduire merde, traduire bonne chance. Merci.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Dans le jardin, pluie de pétales. Carte postale du Japon en relief vue d’en bas. Regard de fourmi. Normalement, le printemps vous transfuse du sang de Jouvence. Il s’attarde sous les cerisiers. Trois qui donnent bien. Des bigarreaux. Cerises pas véreuses. Fermes, sucrées. Il s’asseoit sur le rebord en ciment, limite du gazon et du potager désormais à la charge de sa mère. Les mains de Robert de Niro jeune caressent le tapis de pétales sur le sol. Ils en tombent sur son costume, sur ses cheveux. Cinq minutes encore pour se donner du courage. La convocation est à dix heures. Enième entretien d’embauche. Ne pas se plaindre quand les envois de CV se concluent par des entretiens. Même si les entretiens ne débouchent sur rien.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;A quoi bon courir les contrats de travail ? Il ferait mieux de bouffer du Info-Sports avec son père toute la journée. Mais le besoin de fric l’oblige à ces démarches. Ça devient urgent. Il est dans le rouge. Fric pour rembourser ses dettes, frais de justice, frais d’avocat, pension d’Enzo, ce qu’il reste, quand il en reste, pour ses parents qui l’hébergent. La bête de Gevaudan reviendrait pour lui, ça l’arrangerait. Il toucherait l’allocation handicapé, la tierce personne. Tout le monde serait content. Il n’aurait plus besoin de sortir. Il ne sait pas si, comme la foudre, la bête de Gevaudan frappe ou non deux fois au même endroit. Les accidents vasculaires ne sont pas forcément héréditaires. Son père lisait un bouquin sur la bête de Gevaudan quand, un matin, au petit-dèj, il s’est fait massacrer. Dans la salle de bains, sa mère n’a rien entendu. La bête lui a dévoré la jambe droite, puis le bras droit, puis la moitié du visage. Il est resté vingt minutes dans le coma. En traumato, à l’hosto, il est revenu à lui hémiplégique, paralysé du côté droit, impossible de parler. Avec le temps, la rééducation, l’orthophonie, il est devenu ce qu’il est aujourd’hui. L’homme des premières syllabes, l’abonné à vie d’Info-Sports.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Les cerisiers, au début, c’était son père, sa mère et lui au centre. Ils ont grandi avec lui. Plus tard, les cerisiers ont été Laet, lui et Enzo au milieu. Une branche d’Enzo traverserait presque sa fenêtre à l’étage.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Son père sur le pas de porte, en haut des trois marches. Inquiet. Robert de Niro jeune lui fait signe. Tout va bien. Economise ta salive, papa, retourne à ton match. Il referme le portail en le bloquant bien. Le portail a tendance à s’ouvrir avec le vent. Sa mère va revenir entre deux ménages. Une cycliste. Un jour, elle se cassera la figure. Une voiture lui rentrera dedans. Elle va ramener le pain et le journal. Une chance qu’ils aient fini de rembourser l’emprunt de la maison avant l’accident vasculaire.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Sa voiture. Il l’a gardée. Crédit à finir de payer. Laet a gardé le reste, l’appartement, les meubles, même ce qu’il avait apporté au départ en faisant biens communs. Elle a gardé aussi une dent contre lui. Désengagement tectonique des divorcés. La faille a englouti le passé fusionnel. Il remonte sa rue jusqu’à la rocade.  Sa dent, justement, la creuse, est en train de se réveiller. Pendu au rétroviseur un Marsupilami. L’un des premiers cadeaux de Laet. Elle lui a laissé la voiture et le Marsupilami auquel il manque un pied, sucé, croqué par Enzo. Un pétale tombe de l’intérieur de sa manche. Des deux côtés de la route surélevée, la maquette d’une ville morte à perte de vue. Toutes les femmes font des ménages dans des chapelles ardentes. Tous les hommes baignent dans la lumière mouvante et bleutée d’Info-Sports au fond des morgues.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Marsupilami agité. Enzo qui danse dans ses pensées. Quatre ans. Il n’a le droit de visite qu’une fois par mois en milieu protégé. Terrain de rencontre neutre surveillé par un garde-chiourme. Comme s’il allait agresser son fils ou le kidnapper. Deux heures de visite dans la Maison des Enfants de Bordeaux, alors qu’il se tape quatre heures de route à l’aller et autant au retour. S’il arrive en retard ou s’il loupe le jour, il attend le mois suivant. Tout s’est déglingué après son deuxième licenciement. Mur de verre dans lequel revenir chaque matin se cogner la tête. Pensée qui rétrécit, dent qui se creuse, gestes qui ne lui appartiennent plus, transformation du vivant en matière visqueuse, innommable, en costume C &amp; A, deux pour le prix d’un, une affaire.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Impuissant du bon côté du monde. C’est chez lui que sa colère compressée a sidéré en se dépliant. Enzo témoin. Robert de Niro lourd et suant dans Raging Bull. Une dispute de trop. Laet adepte du karaté verbal. Lui qui n’a de réparties que des beuglements, des feulements, des éboulements, des blancs. Des gestes ce soir-là qui ne lui appartiennent plus. Raging Bull. Il frappe. Il lui casse le nez et deux côtes. Robert de Niro lourd et suant. Violences conjugales. Séparation définitive. Une croix sur Laet mon amour qu’il ne revoit plus. C’est le père de Laet qui amène Enzo à la Maison des Enfants. Une croix sur Enzo, grille à verrou qu’on ouvre une fois par mois. Intransigeance du juge aux Affaires Familiales. Autorité paternelle supprimée. Droit de visite restreint, sous surveillance. On craint encore des effets catastrophiques sur le plan psychologique.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;A chaque rencontre, il donne un jouet à Enzo. Le silence après les premiers mots d’usage. Il s’asseoit, il mange Enzo des yeux qui ne s’occupe pas de lui. S’ils échangent un regard, il a l’impression de voir Raging Bull dans les yeux d’Enzo, un reflet de terreur. Pendant que lui ralentit la trotteuse de sa montre, Enzo accélère son horloge biologique. Veux voir Papy. Veux retourner avec Papy. Tout plutôt que de supporter la présence d’un père qui étreint avec des gants de boxe. A chaque fois, il se frite avec le père dans la rue. Invariablement, il quitte Enzo en larmes.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Parcours fléché du Parc Technologique. Il a beau connaître, il se trompe à l’arrivée. Partout, de gros minarets de verre cubiques, des foules de voitures accroupies autour. La ruche du XXIième siècle. Si tu n’en es pas, tu n’es rien. Il finit par trouver le siège social de la boîte intéressée. Il trouve à se garer. Des pétales tombent quand il sort de la voiture. D’autres architectures sommaires et le ciel métallique se reflètent dans les vitres boucliers qui lui font face. Deux types en costume comme lui entrent dans le bâtiment. Vigile en uniforme de flic. Double porte coulissante. Sa langue bouche la dent creuse, comme si l’univers risquait d’être avalé par ce siphon. Ses mains passent lentement sur les poches pleines de sa veste. Elles s’attardent. Ses mains pensent pour lui. Ses mains lisent l’avenir dans les bosses du tissu.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il présente sa convocation. Une jeune femme derrière lui. Concurrente en tailleur sang, la couleur des gagneuses, et fragrance trop appuyée. Elle vient de s’asperger. On leur montre l’escalier. Il la laisse passer. Pas de précipitation. Redresse-toi. Voix off. Robert de Niro jeune dans Taxi Driver. Maison de passe. Nid de macs armés. Il vient délivrer la jeune Jodie Foster. Il fait bien attention à marcher normalement. Il est filmé. Les recruteurs étudient les postulants dans les moindres détails. Façon de se déplacer, de se tenir assis, façon de se comporter en groupe. Attention au doigt dans le nez, au grattage d’oreille, à la main à l’entrejambes, au bâillement, aux tics. La salle dans laquelle il rentre est pleine de clones. Tout le monde se ressemble. Certains ne font rien. D’autres lisent un journal sérieux. D’autres tripotent leur PDA. Personne ne téléphone. Des hochements de tête pour le saluer. Tous les téléphones éteints. Répondre à un appel ferait mauvais effet. Vidéosurveillance sans pitié. Tout le monde se scrute en douce et juge les potentialités de la concurrence. Dix candidats avec lui. Il reste debout. Pas assez de sièges. Système libéral déjà en application dans la salle d’attente. Premiers arrivés, premiers servis. Tiens-toi bien droit. Voix off. Deux autres jumeaux rejoignent le peloton. Les doigts de Robert de Niro jeune, bras croisés, frôlent l’air de rien les poches C &amp; A.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Les entretiens ont forcément commencé depuis un moment. Une porte s’ouvre. Une présumée secrétaire. Un nom. Quelqu’un se lève et disparaît. Dix minutes l’entretien. C’est du rapide. Près de deux heures d’attente tout de même. D’autres encore sont arrivés après lui. Il est assis quand on l’appelle. Sa dent réveillée, son mal de ventre, la voix off l’accompagnent dans la pièce où tout se joue. Deux jumeaux en face. Deux hommes à leur bureau qui se ressemblent. Un échange de politesses. La présumée secrétaire retourne dans son sas. Ils parlent fort, ils sourient. Asseyez-vous. Leurs regards attirés par ses chaussures. Un pétale, rien qu’un pétale. Le printemps. Ils acquiescent. Leurs regards sur ses poches bombées. Ils ne disent rien.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Sa lettre de motivation dans leurs mains. Son CV. Sa photo. Robert de Niro jeune dans Taxi Driver. Ses bras sur les accoudoirs. Le proche avenir dans les poches de sa veste. Questions. Réponses. Derrière les jumeaux recruteurs, la baie vitrée. Le ciel scarifié. D’autres entreprises cubiques. D’autres bâtiments jumeaux. D’autres questions. D’autres réponses. D’autres jumeaux recruteurs. D’autres Jodie Foster à sauver. D’autres Robert de Niro jeunes dans Taxi Driver. La voix off. Attention, tu t’avachis. Questions. Réponses. Rien sur son costume C &amp; A, deux pour le prix d’un, une affaire. Ils n’en pensent pas moins. De près, qualité médiocre. Manches qui s’effilochent. Allusion à sa vie de famille. Oui, marié. Oui, père d’un garçon. Sur son CV, un mensonge pour ne pas se couper du passé. Situation familiale stable. Questions. Réponses. Arrête d’agiter le pied. Voix off. Questions. Réponses. Enlève la main de ta bouche. Voix off. Questions. Réponses. Merci. C’est fini. Vous pouvez partir. Par cette porte. On vous recontactera. Jamais.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Debout, il recule de trois pas. Robert de Niro jeune dans Taxi Driver. La dent, le ventre. Il se tasse. Il se tourne vers la porte indiquée, avance. Redresse-toi. Voix off. Sortir avec dignité. Ses mains remontent vers ses poches. Il pivote, refait face au bureau, aux jumeaux recruteurs, aux bâtiments jumeaux, au ciel scarifié. Ses mains contre ses poches pleines. Leurs regards interrogateurs. Fronts plissés. Ses doigts plongent dans ses poches. Robert de Niro jeune dans Taxi Driver. Trois pas le ramènent près du bureau. Ses poings jaillissent et s’élèvent au-dessus du bureau. Dans Taxi Driver, Robert de Niro, lui, c’est des armes à feu. Leurs têtes reculent par réflexe. Ses mains s’ouvrent et jettent au plafond deux poignées de pétales, deux poignées de fleurs de cerisier qui retombent, blanc, blanc, mauve, blanc, rose, mauve, blanc, rose, blanc, blanc, blanc, blanc, rose, rose, blanc, mauve, blanc, blanc, mauve, mauve, rose, blanc, blanc, blanc, Enzo, blanc, rose, mauve, rose, blanc, blanc, Enzo, rose, blanc, blanc, mauve, rose, blanc, blanc, Laet, blanc, mauve, mauve, mauve, rose, blanc, Enzo, blanc, blanc, rose, Enzo, blanc, rose, blanc, blanc, blanc, blanc, mauve, rose, blanc, blanc.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;·´¯`·.¸.·´¯`·...¸&gt;&lt;((((º&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;texte et image&lt;br /&gt;Jan Thirion&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;.·´¯`·....·´¯`·.¸.·´¯`·...¸&gt;&lt;((((º&gt; &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;site de Jan Thirion&lt;br /&gt;&lt;a href="http://thirion.free.fr"&gt;http://thirion.free.fr&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;.·´¯`·.¸.·´¯`·....·´¯`·.¸.·´¯`·....·´¯`·.¸.·´¯`·...¸&gt;&lt;((((º&gt; &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;édition krakoën&lt;br /&gt;&lt;a href="http://www.krakoen.com"&gt;http://www.krakoen.com&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;·´¯`·.¸.·´¯`·...¸&gt;&lt;((((º&gt;&lt;br /&gt;.&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/25112101-114422076925814830?l=franz22.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://franz22.blogspot.com/feeds/114422076925814830/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=25112101&amp;postID=114422076925814830' title='6 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/25112101/posts/default/114422076925814830'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/25112101/posts/default/114422076925814830'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://franz22.blogspot.com/2006/04/robert-de-niro-dans-taxi-driver.html' title='Robert de Niro dans Taxi Driver'/><author><name>jean-benoit thirion</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><thr:total>6</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-25112101.post-114413934709220858</id><published>2006-04-04T01:24:00.000-07:00</published><updated>2006-10-27T07:24:04.843-07:00</updated><title type='text'>ananke.com</title><content type='html'>&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://photos1.blogger.com/blogger/3947/2612/1600/visage17thirion.jpg"&gt;&lt;img style="float:left; margin:0 10px 10px 0;cursor:pointer; cursor:hand;" src="http://photos1.blogger.com/blogger/3947/2612/320/visage17thirion.jpg" border="0" alt="" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;- Vous avez une touche ? Vous avez rencontré l’âme sœur ?&lt;br /&gt;Il sourit. En quelque sorte, oui, il a rencontré l’âme sœur. Ou plutôt, il va la rencontrer. Dans deux jours, à Lacanau.&lt;br /&gt;- On ne peut pas vivre seul quand on est jeune, continue la voisine, le nez dans sa couture. Moi, si c’était à refaire, je le referais. Un chien ne remplace pas un mari.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il regarde le teckel étalé sur le carrelage, du bon côté du ventilateur en action. Une femelle teckel non plus ne remplacerait pas une femme.&lt;br /&gt;- Voilà, je crois que ça y est.&lt;br /&gt;Elle enlève la manche de la machine à coudre et retourne le T-shirt du bon côté.&lt;br /&gt;- C’est bien de vouloir se faire beau.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;A l’intérieur de la manche courte, la poche est invisible. Il est adepte des manches courtes pas trop courtes qui recouvrent les bras jusqu’au-dessus du coude. Question d’élégance. Un manchot a le droit d’être coquet.&lt;br /&gt;- Un coup de repassage et ça sera comme neuf.&lt;br /&gt;- Non, Mireille, ça ira. Je le ferai moi-même. Je peux me débrouiller. Mais je vais l’essayer, vous allez voir.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il garde le T-shirt qu’il porte et enfile le neuf par-dessus. Plis et creux immédiats du tissu, comme l’autre en dessous, côté moignon. Par grosse chaleur, il a du mal à supporter sa prothèse articulée. Les fixations à l’épaule et en haut du bras lui entaillent la peau. Déjà, en temps normal, c’est eau salée, massage et pommade quotidiennement afin d’empêcher la formation de fissures, puis d’escarres.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il récupère le bout de plastique légèrement courbé qu’il a posé sur le guéridon près du téléviseur. Il le glisse dans la poche cachée de la manche gauche. En regardant vite, d’informe la manche devient presque cylindrique. En regardant vite. Il se déplace jusqu’au miroir au-dessus du buffet.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;- Parfait.&lt;br /&gt;- Ça te va, Jacky ?&lt;br /&gt;- Impec. Du travail de pro. Je t’amènerai d’autres T-shirts.&lt;br /&gt;Il lui manque l’avant-bras et la moitié du bras. S’il doit se balader en T-shirt,  il supporte mieux le regard des autres avec une manche bien moulé plutôt qu’avec un morceau de serpillière infâme qui lui pendrait de l’omoplate. Il fixe habituellement du ruban rigide autocollant, mais ça se décolle à la longue, ça ne supporte pas le lavage en machine. Mais au fond de lui-même, il s’en fout. Concours de beauté ou pas, ce n’est pas ce qu’il veut aujourd’hui. Ce T-shirt-là, c’est spécial.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;L’hiver, bien sûr, il est plus à l’aise. Seule sa fausse main est apparente, et il se débrouille bien avec la prothèse, même si chroniquement il souffre de son membre absent. Il souffre physiquement, le jour, la nuit. Douleurs articulaires, musculaires, fourmillements, sensations de brûlure, voire de morsure, élancements, sont le lot régulier de son bras fantôme. Tous les amputés se plaignent des même maux.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;De retour dans son appartement, via son ordinateur portable et une adresse IP anonyme, il se reconnecte au site ananke.com, qui fait sienne la définition socratique de la fatalité, nous devons tous mourir un jour mais nous restons maîtres de notre destinée. Il s’agit d’un club de rencontres spécial à travers le monde. Le site s’auto-alimente par des sortes de fichiers torrent et suit des chaînes d’ordinateurs qui changent en permanence. Il est apparemment indétectable, jusqu’au jour où l’on trouvera la faille. Rien n’est immuable. En attendant, les gens intéressés communiquent, cherchent chaussure à leur pied, selon l’expression, mais une chaussure et un pied pas tout à fait comme on l’entend, puisqu’il s’agit de réunir, sous couvert d’accouplements classiques, hétérogènes ou non, un candidat au suicide et celui qui va l’aider à accomplir son vœu.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;On ne se rend pas compte, mais de nombreuses personnes veulent mettre fin à leur vie. Pour X raison. Sur ananke.com, nul n’est besoin de formuler ses raisons. Personne n’est là pour juger.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il vérifie que tout ce qui a été prévu entre Libellule et lui a bien été effacé. Il a tout mémorisé, l’endroit, le jour, l’heure, le signe de reconnaissance. Il sait que Libellule est une femme de trente ans, qu’elle portera un foulard rouge sur la tête avec des petites lumières clignotantes, comme un arbre de Noël, et, si par hasard, d’autres ont la même coiffe, elle se fixera un faux tatouage fluo à l’épaule, l’idéogramme chinois de son pseudonyme, tel qu’elle le lui a montré à l’écran.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Lacanau, plage du Moutchic, après-demain, du soir aux aurores, nuit du Lac des cygnes, où les amoureux feront des tours sur l’eau en pédalo et sur la musique de Tchaikovski, selon le programme du comité des fêtes, avec bal populaire et feu d’artifices, il y sera. Il prévoit un monde fou avec tous ces vacanciers dans le coin. Elle lui a donné rendez-vous sur le lac. Elle sera seule à piloter son pédalo évidemment. Il espère simplement trouver un pédalo de libre. Mais d’après les prix affichés sur le site internet de Lacanau, prohibitifs car c’est une nuit spéciale, il ne devrait pas y avoir de bousculade à la location.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il est le tueur, on l’aura compris. Ça le chagrine un peu, comme à chaque fois, de supprimer quelqu’un. Mais il n’est pas dans la tête de celui qui a pris sa décision. Il est bien placé pour savoir qu’on peut avoir de bons motifs de se suicider. Il était flic. Il y a cinq ans, le 23 avril, sa vie a basculé. Après une course-poursuite comme au ciné, deux braqueurs s’étaient refugiés dans un Bricorama. Lui, avec son pistolet de service, et malgré son Kevlar de protection, il s’est pris une rafale qui lui a déchiqueté le bras. Depuis, le bricolage, il évite, comme il évite les grandes surfaces. Regarder le moindre tournevis, ou ne serait-ce qu’une publicité pour des perceuses, lui occasionne des crampes dans son membre fantôme. Durant des mois, l’idée d’en finir lui a traversé l’esprit. Surtout après le centre de rééducation. De retour dans le monde normal, il ne s’acceptait pas infirme. A la police, il pouvait obtenir un poste de télésurveillant à scruter des heures durant les vidéos des caméras braquées en permanence sur la ville. Il a refusé. Une fois la dépression dépassée, il a retrouvé du boulot dans une agence de détectives, mais ça ne lui convenait pas. Tanner les mauvais payeurs ou filer l’adultère, au bout d’un an il a jeté l’éponge.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ananke.com est arrivé à point. Il avait besoin d’une occupation qui, régulièrement, lui donne le grand frisson. Tuer, ça, c’est motivant. Tuer chasse les idées suicidaires.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Un ex supérieur hiérarchique, le commandant André T. de la brigade des stups, atteint d’un méchant cancer des parties génitales, lui a révélé son secret lors du bal des orphelins de la police. Il lui a confié en aparté qu’il lui restait exactement cinq jours à vivre et que ce n’était pas ces putains de métastases qui allaient l’abattre. Il lui a expliqué comment trouver ananke.com dissimulé sous l’enseigne d’un site de rencontres classiques. Jacky, fais comme moi, sois maître de ta destinée ! Cinq jours après, sa voiture dévalait la pente de son garage et l’écrasait contre le portail.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il se doute des chemins détournés de l’argent pour rémunérer les services opaques d’ananke.com, mais ça ne le concerne pas. Par contre, il sait où arrivent les règlements de ses contrats. Sur un compte offshore du Luxembourg. Par mission, c’est assez bien payé, certes sans atteindre des mille et des cents, puisque ananke.com essaie de satisfaire autant les classes moyennes que les classes aisées. Disons que c’est convenable, c’est assez pour lui permettre de vivre tranquillement et de se payer quelques extras. Sept à huit contrats par an suffisent à son bonheur. Après-demain, il aidera à mourir son onzième client. Une cliente. La chère Libellule. La pauvre Libellule qui désire enfin planer pour de bon loin au-dessus de cette merde de vie. Malheureuse Libellule. C’est son choix. Rien à ajouter.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Comme chaque soir, avant de se coucher, il prend sa boîte de courage dans la main et l’ouvre. Elle est vide. C’est une petite boîte métallique avec une tête de tigre peinte en relief sur le couvercle. Un cadeau de son père, ça remonte au déluge. C’était la veille de la rentrée des classes. Il rentrait en sixième. Il avait peur d’aller au collège, dans une nouvelle ville où il n’avait encore aucun ami. Il est au lit, son père sort de derrière son dos ce minuscule cadeau.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;- C’est une boîte de courage, dit-il. A chaque fois que tu sens que tu as besoin de courage, tu l’ouvres et tu écoutes, tu entendras la voix du courage qui parle à celui qui a besoin de courage. Ouvre-la doucement.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt; Son père serre les lèvres et joue les ventriloques, alternant petite voix aiguë et grosse voix. Il en sort approximativement ceci, mais la version n’est pas d’origine, car sous l’effet de surprise, il a mal saisi les paroles de son père et les a transformées plusieurs fois. On entend de travers quand on est enfant.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Petite voix : Qu’est-ce que je dois faire alors ?&lt;br /&gt;Grosse voix : Roupiller dans l'immédiat et mugir dans Londres.&lt;br /&gt;Petite voix : Pourquoi mugir dans Londres ?&lt;br /&gt;Grosse voix : Parce que plus de tracas. Puis... Puis...&lt;br /&gt;Petite voix : Puis ?&lt;br /&gt;Grosse voix : Dormir.&lt;br /&gt;Petite voix : Dormir ?&lt;br /&gt;Grosse voix : Dormir.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Certaines fois, mugir dans Londres devient se munir de dents longues, ou mourir dans l’onde, ou marrir dans l’angle, avec d’autres paronymes et toutes les combinaisons possibles. Maudire son oncle. Martyr de la bombe. Chaque soir, il fait comme son père, récite, lèvres serrées, son mantra porte-bonheur. C’est devenu une habitude, une prière, un rite, une nécessité. Puisqu’il est courageux, c’est que ça marche. Après son drame du Bricorama, la petite boîte de courage l’a bien aidé à surmonter sa dépression. Au départ, collégien, il y avait mis ses dents tombées, puis avaient suivis d’autres fétiches. Une mèche de cheveux d’une petite fiancée. Un scarabée doré. Un insigne militaire trouvé sur une plage. Des photomatons. Les autographes de tennismen qui lui avait signé un programme au Palais des Sports.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le lendemain, il est route pour Lacanau. Il a réservé une chambre d’hôtel au prix fort, pour deux nuits. Il conduit avec ses deux bras. Avec la clim, la prothèse est supportable.&lt;br /&gt;En chemin, pour passer le temps, il s’amuse à se faire peur. Il a bien envie de sortir du sac sa boîte de courage. Il l’emporte toujours avec lui. Si un jour, par exemple, il y avait un bug ? Gros ou minime. Peu importe. Une simple erreur dans le système qui ferait qu’ananke.com s’emmêle les pinceaux, mélange ou confonde demandeurs et exécuteurs. Ce serait lui la cible désignée dans le message transmis à un autre, alors qu’il n’aurait rien demandé. Pour l’heure, non merci, il n’envisage plus de mourir.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il se demande si on peut arrêter le processus. Pour qu’un contrat aille à terme, les deux parties doivent être d’accord. On peut s’arranger pour rompre avant la réalisation. Ça ne s’est jamais présenté lors de ses missions. Ses victimes ne se sont pas manifestées et ne lui ont pas fait savoir qu’elles abandonnaient. En fait, il n’a pas lu la partie du règlement concernant le suicidaire. Ce qu’il sait, c’est qu’il doit fournir un numéro de portable où l’on doit pouvoir le joindre durant les douze heures précédant l’exécution. Lui n’a pas à appeler. Ça doit marcher ainsi : le suicidaire joint ananke.com et ananke.com le joint, lui, l’exécuteur. Il imagine la voix d’un inconnu qui l’appelle de Russie, d’Israël ou de n’importe quel autre point du globe et qui lui donne l’ordre d’arrêter. L’ordre est simple. Si on lui dit : je voudrais parler à John Lennon, il arrête tout.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Pour parer à toute éventualité, il change de carte téléphonique prépayée à chaque fois. L’excès de prudence ne peut pas nuire.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Au terme de ses six heures de route, avec les embouteillages estivaux, il prend possession de sa chambre dans un trois étoiles, avec vue sur l’océan. Il est à six kilomètres du lac de Lacanau. Avant de retirer son bras et de prendre une douche, il transvase, de la glacière amenée avec lui au mini-bar réfrigérant, le petit flacon à conserver au frais. Il dévisse une mini-bouteille d’eau minérale. Pas d’alcool. Surtout pas d’alcool. Pas de boisson sucrée non plus, ça donne encore plus soif.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Un tour à l’océan, à regarder les vagues et les surfers, du haut de l’estacade. Il se demande s’il existe des surfers manchots ou unijambistes. Un tour dans la ville bondée. Un restau de poissons. Il termine sa soirée avec la télé et la rue en bruit de fond. Film fantastique où des flics zombies dégomment des zombies encore plus zombies qu’eux. Il pense à son rendez-vous de demain sur le lac, en pédalo, en amoureux. Il écrase un moustique.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Alternant comme d’habitude petite voix et grosse voix, sa boîte de courage qu’il ouvre sur la table de nuit lui répète les mots utiles, propices à l’apaisement, au sommeil. Il est question cette nuit de mollir l’ongle, et puis :&lt;br /&gt;Petite voix : Puis ?&lt;br /&gt;Grosse voix : Dormir.&lt;br /&gt;Petite voix : Dormir ?&lt;br /&gt;Grosse voix : Dormir.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Très tôt le lendemain matin, il se rend sur le lieu du rendez-vous. La zone de vacances sous les pins est vaste autour du lac. La plupart des gens dorment encore dans les campings et les résidences hôtelières alentour. Il est six heures. Un camion-poubelle fait sa ronde. La plage du Moutchic n’est pas difficile à trouver. Est déjà installé le podium, et du matériel patiente dans des caissons empilés derrière des barrières de sécurité. Quatre manutentionnaires ou quatre gardiens déjeunent en plaisantant. Au loin, il repère l’escouade de pédalos enchaînés au bord de l’eau. Il reviendra dans la soirée.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le reste de la journée, il le passe à l’hôtel, à l’abri. Déjeuner au restaurant de l’hôtel. Lecture d’une centaine de pages du dernier Dan Brown, méditation à contempler l’océan de sa fenêtre, sieste, un western à la télé, un vieux western avec Robert Ryan, Burt Lancaster, Lee Marvin, Jack Palance, et préparatifs pour aller au bal. Il reste le ventre creux pour accomplir sa tâche. Il décolle à 21 heures. La digestion ralentit la pensée et les réflexes. Evidemment, il n’a pas quitté l’hôtel sans avoir emporté la fiole déposée dans le mini-bar.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Sous sa veste coupe-vent, il a enfilé le T-shirt à la manche avec poche secrète cousue par Mireille, sa vieille voisine. Il lui a raconté une idiotie à propos de manche qui devait couvrir agréablement son moignon. Il ne soucie pas à ce point des apparences. Il se fout maintenant de ce qu’on peut penser de son infirmité. Ce qui lui importe, c’est de pouvoir disposer rapidement de la seringue a la substance mortelle. Il a un plan qu’il veut suivre à la lettre.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le rendez-vous se situe entre 23 heures et 23 heures 30 sur le lac. Près de la dune du Moutchic, la fête bat son plein. Comme il pouvait s’y attendre, il y a un monde fou sur la plage et sous les pins, autour des stands montés depuis ce matin et autour du podium où un groupe de musiciens habillés country aligne les succès des dernières années, avec une fille mignonne qui chante plutôt bien. A 22 heures, quelqu’un dans les haut-parleurs déclare ouverte la nuit des amoureux. Tous les cygnes intéressés sont invités à se rendre sur l’eau, au moyen des pédalos, et de valser sur la musique de Tchaikovski, dans l’espoir de rencontrer l’âme sœur, ou d’échanger des baisers si les accordailles ont déjà eu lieu. Il a beau chercher dans la masse de gens, il n’a pas encore trouvé cette fameuse coiffe à lumières clignotantes. En ce qui le concerne, les feux de l’amour ne sont pas encore allumés. D’ailleurs, à part une masseuse de temps en temps, il reste un célibataire qui ne souffre pas trop de sa solitude.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Sur le lac, on a semé des balises fluorescentes qui font comme des trous de lumière. Le reflet des étoiles s’ajoute à la féerie artificielle de cette nuit spéciale, puisqu’il s’agit également d’une nuit à comètes. En cette deuxième semaine d’août, on les attend vers une heure du matin où elles traverseront le ciel comme du gravier jeté par une main d’enfant.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Musique de ballet. Musique de philarmonium. C’est parti. Couples et solitaires partent à l’assaut des pédalos. Il y a déjà sur l’eau des canoés et des planches à voile, d’autres pédalos, partis d’autres bases de loisirs, celle du Tedey au sud, et plus loin, celle de la Grande-Escourre. Il laisse passer la première vague. Il est encore tôt. Des artificiers invisibles envoient des fleurs multicolores se désagréger dans la nuit, au-dessus des eaux. “Le Lac des cygnes” se transforme en “Musique pour les feux d’artifice royaux”, pendant qu’un vent léger diffuse une odeur de merguez grillée. Son, lumière et odeur.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Passés 23 heures, il entre en piste. Il a loué un pédalo normal, délaissant ceux transformés en cygnes, d’effrayantes machines carnavalesques que seul l’art moderne est capable d’inventer à égalité avec un comité des fêtes. Ou sinon une école primaire. Il se fait rapidement à la manoeuvre, puis, une fois assez éloigné de la plage, il se débarrasse de sa prothèse. Il compte sur son handicap pour surprendre sa victime. Sa boîte de courage est aussi du voyage. Elle est là, sur l’autre siège, calée parmi ses affaires. Elle agit sur lui comme un grigri, un porte-bonheur. Cette nuit, il a besoin de courage. Tuer n’est pas facile. Même une candidate au suicide. Il pose sa veste imperméable sur les épaules. Côté membre absent, la manche fera illusion.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Scrutant les pédaleurs autour de lui, il finit par les voir, ces fameuses loupiotes clignotantes. S’il n’y a pas erreur, sa correspondante, Libellule, est la seule à arborer ce diadème, cet essaim de lucioles sur la tête. Si c’est elle, elle a l’air de stagner, d’attendre dans une zone à l’écart des balises et de leurs nuées d’insectes. Il se dépêche, à l’aide de sa main valide et de ses dents, de remplir la seringue du concentré de pyrethrum parthenium mélangé à de la strychnine. La mort survient dans les trois ou quatre minutes qui suivent l’injection, d’après son fournisseur. Pour une efficacité totale et instantanée, le mieux serait d’infiltrer le bulbe rachidien, mais l’aiguille n’est pas à tête chercheuse malheureusement. Une pression sur le poussoir de la seringue. Une fine gouttelette est éjectée. C’est prêt. De la manière la plus pratique pour l’attraper, il place la seringue au secret dans sa manche côté moignon.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Normalement, ce poison est indétectable. Il sait bien qu’avec la Police Scientifique, rien désormais n’est indétectable. Et puis, il y aura la piqûre, la minuscule hypostase diffuse autour après la chute du corps. Il compte tout de même sur la chance. Aucune raison qu’on remonte jusqu’à lui, et si, de son côté, Libellule a bien fait les choses, on ne remontera pas non plus jusqu’à ananke.com. Du reste, pour plus de sécurité, il présume qu’ananke.com sait faire le ménage dans les ordinateurs de ses correspondants. Un logiciel cannibale élimine tout avant de s’auto-détruire.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Cinq minutes après, il aborde le sapin de noël. De côté, épaule nue, idéogramme chinois tatoué, tel qu’il avait été convenu. C’est bien elle, sa tête à elle, multi-clignotante, tournée vers le ciel, vers l’implosion d’une grosse étoile rouge éphémère, plutôt que le voir arriver. Il la comprend. Il n’aimerait pas être à sa place.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;A présent, sa mise en scène. Il retire sa veste. Personne autour, hormis, éclairés un instant, des amoureux plus loin, enlacés dans leur cygne biscornu flottant. C’est idéal. D’autant plus qu’on est assez loin d’une balise. Il lui faut aller vite, l’approcher encore, l’accoster, mais auparavant, il fait semblant de parler dans un portable éteint, un modèle acheté pour rien et jamais utilisé. Il parle fort à cause de la musique et du feu d’artifices. Elle doit se retourner. Il doit heurter son pédalo involontairement, occupé par sa communication. Le choc doit lui faire perdre l’équilibre et lâcher son portable qui doit tomber sur ses genoux à elle, ou à ses pieds, sur son pédalo en tout cas. Comme elle remarque son handicap, elle ne peut qu’aimablement l’aider à récupérer le téléphone et le lui tendre. C’est là, normalement, au rapprochement de leurs deux personnes, que sa main valide attrape la seringue cachée dans la manche et la lui plante dans le cou.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Normalement.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il pense à sa petite boîte. Courage, Jacky.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Les pédalos se cognent. Déséquilibré, il lâche son portable quand elle se tourne vers lui. Il perçoit le bruit de l’impact de l’appareil sur une matière solide alors qu’il s’agit de la cuisse sous le tissu du pantalon de la femme. Immédiatement, il traduit ça par plastique moulé, Plexiglas, prothèse. S’il ne se trompe pas, sa victime a une jambe artificielle. Découverte troublante. D’autant plus que le visage de la femme ne lui est pas inconnu sous le foulard noué, la guirlande de loupiotes qui s’allument, qui s’éteignent, qui s’allument, qui s’éteignent.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;- Jacky !&lt;br /&gt;Sa main valide s’arrête en pleine courbe.&lt;br /&gt;Elle le connaît aussi.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Une seconde lui suffit pour mettre un prénom sur ce visage. Chloé. Elle était avec lui au centre de rééducation en Savoie, après la perte de son bras, là où on apprend à vivre avec son nouvel handicap et à s’adapter à sa prothèse. Chloé avait perdu une jambe dans un accident de moto. Une fille sympa, gentille, jolie, qu’on avait envie de consoler, de prendre dans ses bras, même avec un seul bras. Il n’était resté que quatre semaines, mais il avait eu le temps de tomber amoureux. Ils n’avaient pas fait l’amour, mais ils avaient échangé de fougueux baisers la dernière semaine. Le centre était une bulle à l’extérieur du monde. Après, chacun est retourné à son existence. Ils ne se sont pas revus depuis. Elle avait un copain. Elle habitait Nantes. Lui, il n’était pas arrivé à imaginer une vie commune entre un manchot et une cul-de-jatte.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;- Chloé !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il oublie le téléphone. Il oublie le reste. Une poignée de secondes de trou noir. Une belle bleue éclaire le ciel et retombe en neige de saphirs. Comme elle, il se penche au-dessus du flotteur pour deux, trois, quatre bises de retrouvailles. Tchaikovski s’excite avec son allegro non troppo. De l’autre côté, un autre pédalo, le cygne avec le couple de bécoteurs, racle celui de Chloé, laquelle en équilibre sur sa mauvaise fesse glisse et se rattrape à lui en criant. Elle tombe sur lui.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Partie pour le toucher délicatement côté bras absent, la paume de Chloé heurte le pressoir de la seringue cachée. L’aiguille, comme par un fait exprès, trouve à s’enfoncer dans la chair du moignon. Et trouve une veine. Il n’a pas le temps de réagir, une bonne partie des quelques millilitres de la substance létale passe en lui.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Comme il ne tombe pas immédiatement, elle arrive, elle, à se redresser, à repartir s’adosser au siège de son pédalo. Sans se décoller l’un de l’autre, les bécoteurs s’éloignent de l’autre bord en marche arrière. Lui aussi s’adosse, glisse dans son siège baquet, s’enfonce, se transforme rapidement en corps complètement vide. Elle rit ou elle lui parle. Il ne fait plus la distinction. Sa main valide répond encore. Il arrive à tâter le siège à côté. Il cherche la bonne poche de sa veste. Sa prothèse glisse sur le sol humide, sous les pédales. Il a peur. Il cherche sa boîte de courage. Ses doigts retrouvent enfin la forme bombée du tigre sur le couvercle. Il n’a plus la force de la sortir de la poche, ni de l’ouvrir. Tant pis. Sur fond de voie lactée, tracé à la craie noire le visage de son père se penche sur lui. Jacky se tasse au fond de son lit. Il entend les deux voix. La grosse voix. La petite voix. La voix qui fait peur. La voix qui tremble. Cette fois, il a la révélation. Il a l’impression de capter les paroles exactes. Cette fois, il comprend. Il a peur et il a moins peur.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;- Que faire alors ?&lt;br /&gt;- Oublier, dans l'immédiat. Mûrir dans l'ombre.&lt;br /&gt;- Mûrit-on dans l'ombre ?&lt;br /&gt;- Dans certains cas : oui. Puis..&lt;br /&gt;- Puis ?..&lt;br /&gt;- Dormir.&lt;br /&gt;- Dormir ?&lt;br /&gt;- Dormir.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;·´¯`·.¸.·´¯`·...¸&gt;&lt;((((º&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;texte et image&lt;br /&gt;Jan Thirion&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;récit écrit dans le cadre d'un concours de nouvelles organisé par Pol'Art Noir&lt;br /&gt;avec thème imposé et contrainte d'insérer le dialogue de fin, sur une idée d'André Toutou&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;publication également sur le site :&lt;br /&gt;&lt;a href="http://www.polarnoir.fr"&gt;http://www.polarnoir.fr&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;.·´¯`·....·´¯`·.¸.·´¯`·...¸&gt;&lt;((((º&gt; &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;site de Jan Thirion&lt;br /&gt;&lt;a href="http://thirion.free.fr"&gt;http://thirion.free.fr&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;.·´¯`·.¸.·´¯`·....·´¯`·.¸.·´¯`·....·´¯`·.¸.·´¯`·...¸&gt;&lt;((((º&gt; &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;édition krakoën&lt;br /&gt;&lt;a href="http://www.krakoen.com"&gt;http://www.krakoen.com&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;·´¯`·.¸.·´¯`·...¸&gt;&lt;((((º&gt;&lt;br /&gt;.&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/25112101-114413934709220858?l=franz22.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://franz22.blogspot.com/feeds/114413934709220858/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=25112101&amp;postID=114413934709220858' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/25112101/posts/default/114413934709220858'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/25112101/posts/default/114413934709220858'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://franz22.blogspot.com/2006/04/anankecom.html' title='ananke.com'/><author><name>jean-benoit thirion</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-25112101.post-114404574835415338</id><published>2006-04-02T23:23:00.000-07:00</published><updated>2006-10-27T07:06:24.240-07:00</updated><title type='text'>Les Mots compliqués</title><content type='html'>&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://photos1.blogger.com/blogger/3947/2612/1600/visage28thirion.jpg"&gt;&lt;img style="float:left; margin:0 10px 10px 0;cursor:pointer; cursor:hand;" src="http://photos1.blogger.com/blogger/3947/2612/320/visage28thirion.jpg" border="0" alt="" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La nuit ensevelit Franz, c’est tout. Il n’attend plus rien de la nuit, sinon la nuit totale. Il y a un temps pour penser, puis un temps pour ne pas penser. Ensuite, vient le néant. &lt;br /&gt;La lumière du couloir a cassé le processus d’ensevelissement. La lumière du couloir qui s’infiltre par les fentes, par le trou de serrure de l’obscurité. Il sait qu’il ne dort pas. La lumière ne le réveille pas, elle l’aspire simplement. &lt;br /&gt;Il n’y a rien à craindre. Franz n’a pas à penser à son holster sur le fauteuil avec ses fringues. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Noémie serait revenue, il aurait entendu l’ascenseur, il aurait entendu le verrou, la porte, il aurait entendu les pas, direction la salle de bains, il aurait entendu l’eau couler, la chaudière, la chasse d’eau, il aurait entendu la porte de la chambre se refermer, puis de nouveau le bourdonnement des ténèbres. Au moindre bruit de maison, il sort des limbes, comme un chien, toujours sur le qui-vive. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Noémie, on ne l’attend pas avant dimanche. Elle reviendra en fin d’après-midi, comme la semaine dernière, comme la semaine d’avant, et avant encore, et avant avant. Elle quitte l’appartement le vendredi soir, elle rentre le dimanche soir. Elle s’en va voir là-bas si elle y est, puis retour à la case départ. Difficile de savoir si elle s’est vue là-bas. Elle écrit. Elle a besoin de rencontrer des gens qui écrivent et qui causent comme elle métaphores. C’est son affaire. Franz ne lui demande rien. Pas de justifications à fournir, même s’il est flic. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il n’est pas toujours là le vendredi soir, le samedi ou le dimanche pour surveiller ses allées et venues. Chacun mène sa barque. Rame plutôt. Rame dans le courant qu’il peut. Depuis qu’elle passe ses week-ends ailleurs, dans les bras de son romancier, ce n’est pas lui qui en pâtit le plus. Auto-persuasion. Il se fait une raison. C’est Lulu qui en subit les conséquences. L’absence de mère la prive de maison le week-end, lorsque lui aussi est obligé d’aller voir ailleurs s’il y est. Et c’est fréquent ces derniers temps. Il ne rechigne pas à la tâche, aux heures sups, à faire des remplacements. Tout plutôt que la poussière du bonheur, tout plutôt qu’un décor qui déprime. Au pays des flics, on apprécie son zèle. Pendant ce temps, Lulu reste dans son foyer pour handicapés. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Pieds nus qui foulent la moquette du couloir. Des pas de tam-tam. Pas les pieds de Noémie, bien sûr. Il connaît les bruits de son territoire. Aveugle à l’affût. Aptitude professionnelle, vigilance du chasseur. Ou de la bête traquée. La nuit, la mort lente a des oreilles. &lt;br /&gt;Des pas de tam-tam. Evidemment, Lulu. &lt;br /&gt;Avec ses deux ailes bizarres et ses deux u qui vous piègent le cœur et l’esprit comme une paire de menottes. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Tape à la porte doucement. Doucement, comme si ça ne faisait rien qu’il dorme, qu’il n’entende pas. Pas grave, repasserai, murmure le doigt qui frappe. Gentil doigt. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Elle lui a déjà fait le coup. Qu’il réponde ou qu’il ne réponde pas, il sait qu’elle va ouvrir, qu’elle va s’approcher timidement, qu’elle va s’excuser de le déranger. Fantôme de fille avec ses deux ailes et ses deux u. &lt;br /&gt;Il doit être une heure, une heure trente. Quand tout va bien, il s’endort dans ces eaux-là. Difficile de s’endormir avant. Encore plus dur après. Sommeil paradoxal comme un train qu’il ne faut pas louper. Sinon, 90 minutes d’attente avant le prochain. Le temps d’un film d’horreur où il ne se passe rien. Ce sont les pires. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;- C’est moi, Franzou. Tu dors ? Je t’embête ? Peux pas dormir, à cause du bruit, à cause du vent, à cause de l’orage. &lt;br /&gt;Chuchotement, supplique, excitation, innocence, séduction, le grand jeu. Franzou. Franzounet. &lt;br /&gt;Il grogne doucement, c’est sa réponse. Elle entend ce qu’elle veut entendre. Elle entend oui. &lt;br /&gt;- J’ai froid. Je peux me mettre près de toi ? &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Immense fillette dans son pyjama-sac, camisole à nounours et paquets cadeaux en stretch rouge bouloché. Pas besoin de voir pour savoir. Elle était ainsi avant l’extinction des feux. Lui est à moitié nu sous la couette. Son cœur tremble de chaleur animale sous son seul T-shirt. Tâtonne, cherche son slip, l’enfile en douce. Elle a beau être ce qu’elle est, se méfier de l’érection. Toi ange, moi démon, en dépit d’un tabou que tout le monde tient à respecter. &lt;br /&gt;Alors, il grogne de nouveau. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;- Vous comprenez, bafouillera-t-il au juge, c’est la seule personne au monde qui m’aime encore. Enfin, la nuit, dans l’obscurité, vous comprenez. Elle, moi, tous deux avec un gros besoin d’amour. Elle souffre, enfin j’imagine, et moi je souffre sous ma carapace, je peux m’expliquer si vous voulez bien m’écouter. Oui, bien sûr que je plaide les circonstances atténuantes. Bien sûr qu’elle était consentante, mais il ne faut pas voir les choses comme ça. Je sais avoir franchi les limites, je connais la loi. Mais c’est elle qui est venue dans mon lit, si on peut appeler ça un lit. Oui, j’ai craqué. Je l’aime. C’est Lulu, vous comprenez, c’est Lulu. Elle et moi, c’est explicable et inexplicable à la fois. Je ne voulais pas, je vous assure, je suis responsable, d’accord, je suis coupable, mais comprenez-moi. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il ne comprendrait pas. Intransigeance de juge. Son boulot. &lt;br /&gt;Elle est mineure. Qui plus est, handicapée mentale. &lt;br /&gt;Aucune circonstance atténuante. Direct au pénal. Et évidemment viré, rayé des cadres. Affaire suivante. &lt;br /&gt;Canon du Beretta dans la gueule pour finir en mocheté, comme le reste de sa vie. &lt;br /&gt;Adieu pays des mots compliqués. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Elle se couche. il la recouvre. La couette a la bonne idée de se creuser entre eux deux. Comme une épée d’amour courtois forgée dans le vide. Une phrase à la Noémie. Elle lui a sorti ça une nuit, dans une autre vie. &lt;br /&gt;Pas de désir. Pas d’arrière-pensée. Pas de connerie. Pense à autre chose, à n’importe quoi, à “allantochorion” par exemple. “Allantochorion”, un mot étrange appris aujourd’hui en consultant le dico pour vérifier l’orthographe d’allant. Deux “l” à “allant” en fin de compte, comme à Lulu. Il devait écrire ça dans son rapport : “une vieille dame pleine d’allant, au dire de ses voisins”. Obligation de consigner les termes exacts des témoignages. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;L’allantochorion est la membrane nourricière de la coquille de l’œuf. &lt;br /&gt;Fournir des rapports à pleines brouettes sert au moins à s’instruire. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La vieille dame pleine d’allant s’est suicidée en s’étouffant avec un sac réfrigérant sur la tête. &lt;br /&gt;A moins qu’on l’y ait aidée. &lt;br /&gt;Une charmante vieille dame toujours de bonne humeur, et a priori encore en bonne santé, ne se suicide pas généralement. Les vieilles dames en bonne santé savent attendre leur heure. Mais les vieilles dames peuvent aussi tromper leur monde. &lt;br /&gt;Affaire à suivre. Routine. On cherchera. On trouvera. Un suicide ? On classera. Un meurtre ? On lâchera les chiens. Ce genre de crime n’est jamais le fait d’un machiavel. Famille, rôdeur, tuerie à la sauvette pour trois centimes d’euro. Mais à l’évidence, il s’agit d’un suicide. &lt;br /&gt;Or l’évidence est aussi une charmante grand-mère en bonne santé qui sait tromper son monde. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Donc allant, deux “l”, et allantochorion, deux “l” également. &lt;br /&gt;- Qu’est-ce que tu dis ? Aller en Orient ? &lt;br /&gt;Questions chuchotées sous la couette alimentée de chaleur mâle. &lt;br /&gt;- Allantochorion. A, LLAN, TO, CHO, RION. Avec deux “l”. &lt;br /&gt;- Qu’est-ce que c’est que ça ? Comment tu dis ? Allotanchoquoi ? &lt;br /&gt;- A, LLAN, TO, CHO, RION. Si tu veux tout savoir, c’est quelque chose qui concerne l’œuf des oiseaux. &lt;br /&gt;- Faut aussi s’intéresser aux œufs d’oiseau quand on est dans la police ? &lt;br /&gt;- Faut s’intéresser à tout. &lt;br /&gt;- Atanllochorion. &lt;br /&gt;- Allantochorion. ALLANTOchorion. ALLANTO. &lt;br /&gt;- Allantochorion. C’est bon ? &lt;br /&gt;- C’est bon. &lt;br /&gt;- Allantochorion, allantochorion, allantochorion, allantochorion. &lt;br /&gt;Après un silence : &lt;br /&gt;- Tu me dis si tu veux que je me taises, si tu veux dormir. Moi, j’ai pas trop sommeil et j’ai les pieds froids. Tu crois que je pourrais rentrer dans la police, moi aussi, Franzou ? Faut savoir écrire, en plus de connaître les oiseaux ? Allantochorion, Allantochorion. &lt;br /&gt;- Je croyais que tu voulais faire du cinéma ? &lt;br /&gt;- Oui, mais policière dans les films policiers. Alors, si c’est pour être policière au cinéma, autant être policière en vrai. J’espère qu’il n’y a pas besoin de savoir écrire. Toi, t’es comme Maman, t’écris tout le temps. J’y arriverai pas, c’est sûr. Faudrait que j’apprenne tout par cœur. Allantochorion. Je le dis bien, hein ? &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;C’est vrai qu’elle a les pieds froids. Elle a hésité un moment avant de venir le rejoindre. Elle est restée debout dans le couloir. Fait pas chaud la nuit. Thermostat en veille. Tombe à 16 degrés de 23 heures à 7 heures. Economies d’énergie. Au moins, on n’est pas gêné par le craquement des tuyauteries la nuit. &lt;br /&gt;Nuit d’hiver, nuit de beau-père. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Lulu, une gamine qui n’a pas toute sa tête. Mère absente. Une nuit de samedi à dimanche ordinaire dans l’enfer familial. Un terrible secret. Lui, une ordure. Quoi, un type frustré, en manque. Pas su, pas pris, c’est son évangile. A force de côtoyer la lie humaine, il est devenu la lie humaine. Alors, pas de circonstances atténuantes, parce que c’est INACCEPTABLE, Messieurs les Jurés, justement parce qu’il s’agit d’un serviteur de la loi. Se doit d’être exemplaire. Il n’y a pas de juge pédophile. Il n’y a pas de procureur de la République violeur. Alors, pas de ça chez nous. Au flic qui faute on coupe la bite. &lt;br /&gt;Il se voit rendre arme, carte de police. Et les menottes. Les deux u de Lulu. &lt;br /&gt;Le divisionnaire lui ordonne d’approcher l’objet du délit du coupe-pain qui doit faire office de guillotine de table. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Lulu coupe court au délire en rompant le silence. &lt;br /&gt;- Tu l’aimes encore ? &lt;br /&gt;- Qui ? &lt;br /&gt;- Maman, tiens pardi. Pas je sais pas qui. &lt;br /&gt;Grognement qui vaut confirmation. Il a l’impression de ne plus savoir faire que ça, grogner. &lt;br /&gt;- Et elle, elle t’aime encore ? &lt;br /&gt;Nouveau silence, malaise, bougeotte d’un pied, doigts qui griffent le drap de dessous. Il répond tout de même, avec la carte de l’objectivité. Essaie surtout de se persuader lui-même. &lt;br /&gt;- Faut la comprendre. C’est dur pour elle. On en a déjà parlé. Elle a besoin d’air, elle a besoin de prendre du recul. Je sais bien que ça te fait quelque chose. Tu ne me le dis pas, mais je le sais bien. Enfin, pas la peine de remuer le couteau dans la plaie, si je peux dire. Satanée expression. Qu’est-ce tu veux, la vie est ainsi faite. Parfois, rien ne va. Mets-toi à sa place. &lt;br /&gt;- Je veux bien. &lt;br /&gt;- Tu veux bien quoi ? &lt;br /&gt;- Me mettre à sa place. Comme maintenant. Dans ton lit. &lt;br /&gt;- Tu sais, Noémie, elle vit sa vie. On n’a qu’une vie. On ne peut pas lui en vouloir. Je ne lui en veux pas. C’est une réaction humaine. Ce qui est passé est passé. Et puis ça va se tasser. Un jour, tout redeviendra comme avant. Tu verras. Faut avoir confiance. Dors, va, sinon tu retournes dans ton lit, policière. &lt;br /&gt;Elle se blottit contre lui. Son odeur de cheveux, son odeur de bébé, contre sa sueur de fonctionnaire au repos. Son tricot de peau de nuit lui fait plusieurs nuits. Même pas propre le beau-père incestueux. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Noémie, bien sûr, plane au-dessus d’eux. Lulu paraît s’endormir. Il la regarde. Les yeux lui piquent. Au-dessus de lui, Noémie l’électron libre. Pas de compte à rendre. Noémie s’en va où elle veut. Elle agit comme elle l’entend. Besoin de faire le vide, besoin de prendre l’air et cætera, besoin de ne plus le voir surtout. Sale con de flic. Désormais, elle préfère les auteurs de polars à la réalité, l’imaginaire au vrai sordide. Difficile de lui donner tort. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il reste ici, dans l'appartement, jusqu’à ce qu’elle le chasse. Jusqu’à présent, pas un mot. Lui de son côté ferme sa gueule. Il déprime en cachette, il attend, il espère, il veut croire que tout n’est pas perdu. Au bout de trois ou quatre bouquins, un romancier finit par lasser. Toujours les mêmes ficelles. &lt;br /&gt;Franzou, Franzounet, tu ne connais rien à la littérature. Tu le sais bien, les mots compliqués te déchirent le cœur. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Alors, que faut-il faire ? &lt;br /&gt;Faire comme la vieille dame pleine d’allant ? &lt;br /&gt;Se mettre la tête dans un sac, serrer au cou et compter jusqu’à cent et plus. Jusqu’au nombre imprononçable. On s’arrête juste avant. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mais pourquoi un sac réfrigérant ? Un sac pour conserver les aliments au frais. Un sac pour transporter des produits surgelés. La grand-mère pleine d’allant tenait à ce que sa tête bleue reste fraîche. Coquetterie de vieille dame. Il se concentre sur le sac argenté pour oublier le reste. &lt;br /&gt;Dehors, le vent, les arbres, les stores parlent aussi surgelés. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;texte et image&lt;br /&gt;Jan Thirion&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;.·´¯`·....·´¯`·.¸.·´¯`·...¸&gt;&lt;((((º&gt; &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Jan Thirion&lt;br /&gt;&lt;a href="http://thirion.free.fr"&gt;http://thirion.free.fr&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;.·´¯`·.¸.·´¯`·....·´¯`·.¸.·´¯`·....·´¯`·.¸.·´¯`·...¸&gt;&lt;((((º&gt; &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;édition krakoën&lt;br /&gt;&lt;a href="http://www.krakoen.com"&gt;http://www.krakoen.com&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;·´¯`·.¸.·´¯`·...¸&gt;&lt;((((º&gt;&lt;br /&gt;.&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/25112101-114404574835415338?l=franz22.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://franz22.blogspot.com/feeds/114404574835415338/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=25112101&amp;postID=114404574835415338' title='10 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/25112101/posts/default/114404574835415338'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/25112101/posts/default/114404574835415338'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://franz22.blogspot.com/2006/04/les-mots-compliqus.html' title='Les Mots compliqués'/><author><name>jean-benoit thirion</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><thr:total>10</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-25112101.post-114396638596278724</id><published>2006-04-02T00:23:00.000-08:00</published><updated>2006-10-27T07:03:45.986-07:00</updated><title type='text'>Alice a grandi un peu trop vite</title><content type='html'>&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://photos1.blogger.com/blogger/3947/2612/1600/visage29.jpg"&gt;&lt;img style="float:left; margin:0 10px 10px 0;cursor:pointer; cursor:hand;" src="http://photos1.blogger.com/blogger/3947/2612/320/visage29.jpg" border="0" alt="" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Alice se retournera en entendant l’ascenseur ou les pas dans l’escalier, dans le couloir. Le lapin ne va pas arriver pieds nus en marchant doucement. Il ne va pas se déshabiller dehors, ce serait osé. Subodorant le cadeau qui l’attend à l’appartement, hop, il enlève le bas et se pointe, prêt à passer à l’acte dès la porte franchie. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Pas de déshabillage en guise de préliminaires ni d'un côté ni de l'autre. Elle, elle a déjà le cul à l’air. &lt;br /&gt;Combien de temps faut-il à un lapin pour retirer ses pantalons ? Retirer, pas baisser. Ça va de soi qu’il se débarrasse aussi des godasses et des chaussettes, et du haut, ça serait encore mieux. &lt;br /&gt;Alice n’aime pas trop baiser avec des mecs aux mollets pris dans le ciment de leurs pantalons. &lt;br /&gt;En comptant large, disons qu’il faut au lapin 30 secondes pour se mettre à poil. 30 secondes de gagnées donc s’il arrive déjà nu. 30 secondes, ce n’est rien dans une vie, sauf qu’à l’échelle du temps sexuel, chaque seconde compte pour dix mille heures ou cent mille jours. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Alice rêvasse. Elle peut rêvasser. Elle a eu le temps de terminer son courrier et de fignoler ses deux envois, un paquet et une carte d’anniversaire faite maison. Elle est contente des emballages pré-timbrés de la Poste, comme ça, pas besoin de poireauter au guichet. Elle prépare ses envois et n’a plus qu’à les glisser dans une boîte aux lettres. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;L’enveloppe 1 contient un string neuf acheté en solde au Leclerc. Son correspondant lui en a réclamé un. Nom de code : Roi de carreau. Il en voulait un qu’elle aurait porté. Elle le macule d'un rien de feutre bistre. Roi de carreau se contentera de celui-là. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;L’enveloppe 2 contient un collage sur carton gaufré chocolat, avec son pseudo-portrait au centre, tête de la top-model découpée dans un ELLE. Pour Cheshire Cat. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Evidemment, pas question qu’elle se montre à ses correspondants telle qu’elle est en réalité, ni qu’elle révèle son adresse et son identité. C’est le contrat. &lt;br /&gt;En attendant, ce petit boulot d'épistolière via Internet lui permet d’arrondir ses fins de mois. C’est sans risque, peu contraignant, c’est surtout moins débile que le téléphone ou le chat pornographique. Elle mène quinze correspondances virtuelles de front, la plupart du temps par emails. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Les vraies lettres à expédier, comme celles-ci, sont rares, car bien plus onéreuses que l'échange d'emails, pour les abonnés à ce service de fausses petites amies du Net. En moyenne, ce boulot l’occupe deux heures par jour. Deux heures de rédaction pour se mettre dans la poche de pauvres frustrés solitaires scotchés à l'écran de leur PC. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Autre boulot, deux nuits de veille par semaine chez Miss Leloir, à regarder la télé avec elle, à lui raconter le monde extérieur, à la faire boire à la paille, à la faire fumer malgré l’interdiction, puis enfin à s’assoupir dans un fauteuil, moins confortable que celui-ci, une fois que Miss Leloir a pris ses somnifères. Ce n’est pas non plus très difficile. Il n’y a pas à la soigner, ni à la changer, ni à la changer de position, c’est le travail des infirmières. Il faut simplement vérifier de temps en temps qu’elle ne s’étouffe pas, mais il y a peu de risque, une fois qu’elle dort profondément, paraît-il, d’après l’infirmière du soir, celle qui a une tête de souris. Celle du matin dit le contraire. Ce que dit celle du matin ne compte pas. Alice ne l'aime pas celle-là. Elle porte bien son nom, celle-là, Griffon ou quelque chose comme ça. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Puis, plus occasionnellement, il y a ce qu’elle est en train de faire actuellement. Des extras. &lt;br /&gt;Elle fait un peu la pute. Elle couche, mais gentiment. Pas de hard, que du soft et qu’avec des lapins à qui elle plaît et qui lui plaisent. Elle choisit ses lapins et, plutôt que de les voir aligner notes de restau et autres frais, elle leur fait payer directement l’addition, sans exagérer. Tout le monde y gagne. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Alice aime tellement les lapins gentils et l’amour, qu’elle demande peu. C’est comme si elle tombait amoureuse souvent, ça n’a rien à voir avec les activités d’une professionnelle. Manger au restau, sortir en boîte, faire la tournée des bars la nuit l’ennuient, alors autant s’en passer. &lt;br /&gt;Sinon, jusqu’à présent, elle n’a pas encore trouvé le lapin de sa vie, son lièvre de Mars tombé du ciel. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Bruit d’ascenseur. Alice se retourne et s’accroupit, comme prévu, les pieds dans le vide, les genoux sur la serviette, le menton sur le dossier du fauteuil, jockey à cheval, le cul en l’air, participant au Grand Prix de l’Arc de Triomphe. Elle fait comme prévu. &lt;br /&gt;Elle est le cadeau. &lt;br /&gt;Sa porte est légèrement entrouverte. A peine. &lt;br /&gt;Elle serait un lapin, nul doute qu’elle apprécierait. &lt;br /&gt;Elle ne le sait pas encore. Elle ne peut pas le savoir. Le lapin qui va entrer dans moins d’une minute va succomber à une attaque cardiaque foudroyante. Un lapin qui n'en est pas un. &lt;br /&gt;Elle aura beau dire Papa, pardon, pardon Papa, ça ne changera rien.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;texte et image&lt;br /&gt;Jan Thirion&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;publication également sur le site :&lt;br /&gt;&lt;a href="http://www.polarnoir.fr"&gt;http://www.polarnoir.fr&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;.·´¯`·....·´¯`·.¸.·´¯`·...¸&gt;&lt;((((º&gt; &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;site de Jan Thirion&lt;br /&gt;&lt;a href="http://thirion.free.fr"&gt;http://thirion.free.fr&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;.·´¯`·.¸.·´¯`·....·´¯`·.¸.·´¯`·....·´¯`·.¸.·´¯`·...¸&gt;&lt;((((º&gt; &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;connivence avec d'autres auteurs polarnoir&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;encrezone, de cyril Herry&lt;br /&gt;&lt;a href="http://www.encrezone.blogspot.com"&gt;http://www.encrezone.blogspot.com/&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;auteur province polar, de Jean-Louis Nogaro&lt;br /&gt;&lt;a href="http://auteurprovincepolar.oldiblog.com"&gt;http://auteurprovincepolar.oldiblog.com/&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;réservoir survie, d'Emeric Cloche&lt;br /&gt;&lt;a href="http://reservoirsurvie.monsite.wanadoo.fr"&gt;http://reservoirsurvie.monsite.wanadoo.fr&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;site de jeanne.desaubry&lt;br /&gt;&lt;a href="http://jeanne.desaubry.free.fr"&gt;http://jeanne.desaubry.free.fr&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;auteursdunord, de Franck Thilliez&lt;br /&gt;&lt;a href="http://www.auteursdunord.com"&gt;http://www.auteursdunord.com&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;coopérative krakoën, de Max Obione&lt;br /&gt;&lt;a href="http://www.krakoen.com"&gt;http://www.krakoen.com&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;sur l'écran noir de mes nuits blanches, de François Bourcier&lt;br /&gt;&lt;a href="http://lebarestouvert.blogspirit.com"&gt;http://lebarestouvert.blogspirit.com&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;·´¯`·.¸.·´¯`·...¸&gt;&lt;((((º&gt;&lt;br /&gt;.&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/25112101-114396638596278724?l=franz22.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://franz22.blogspot.com/feeds/114396638596278724/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=25112101&amp;postID=114396638596278724' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/25112101/posts/default/114396638596278724'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/25112101/posts/default/114396638596278724'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://franz22.blogspot.com/2006/04/alice-grandi-un-peu-trop-vite.html' title='Alice a grandi un peu trop vite'/><author><name>jean-benoit thirion</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-25112101.post-114387505987461116</id><published>2006-03-31T23:00:00.000-08:00</published><updated>2006-10-27T07:00:03.866-07:00</updated><title type='text'>Ruger et Manhurin</title><content type='html'>&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://photos1.blogger.com/blogger/3947/2612/1600/visa1copie.0.jpg"&gt;&lt;img style="float:left; margin:0 10px 10px 0;cursor:pointer; cursor:hand;" src="http://photos1.blogger.com/blogger/3947/2612/320/visa1copie.jpg" border="0" alt="" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;Ruger et Manhurin&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;- Arrêtons de tourner autour du pot. Tu en as envie. J’en ai envie.&lt;br /&gt;Je n’ai pas répliqué. Son ardeur m’a plaqué au siège. Ses lèvres et sa langue m’ont mis le feu. Avant le coma délictueux, je me suis dit : ça, c’est de l’adultère pendant les heures de service, et c’est irrésistible.&lt;br /&gt;A trois heures du mat, il y avait peu de chance qu’on nous surprenne, même si on s’en donnait sur la voie publique. On était quasiment dans le noir. Personne ne rôdait. Pas un clodo, pas un fêtard, pas une pute, pas un loubard. On était seuls au monde dans le lit à baldaquin Peugeot discrètement intégré au rang d’oignons des voitures mortes. On s’était tenu éveillé en s’échangeant des bribes de nos vies et en vidant lentement le Thermos de café tiède, jusqu’à ce que l’adrénaline explose et que tombent les pantalons.&lt;br /&gt;Ce n’est pas simple de baiser à la va-vite entre flics, car il faut aussi retirer son matos de fonction. Menottes, matraque souple, portable ou bipeur pour les moins gradés, et le flingue, toujours le flingue. On s’est donc envoyé en l’air, pendant que son Ruger et mon Manhurin se frottaient l’un à l’autre et tressautaient sur la tablette au-dessus de la boîte à gants, sans arriver, eux, à s’extraire de leurs étuis. Ruger, petit flingue de fille. Manhurin, gros flingue d’homme. &lt;br /&gt;C’était la troisième fois qu’on planquait ensemble. Les deux fois précédentes, on avait su se tenir.&lt;br /&gt;D’habitude, je fais équipe soit avec le Polonais, soit avec Franck. Les nuits sont longues avec ces deux-là. Le premier me les casse avec ses films et sa cinéphilie. Tout ce qu’il fait, tout ce qu’il voit, tout ce qu’on dit lui rappelle une scène de film. Si on le laissait faire, il résoudrait les affaires criminelles avec un dictionnaire du cinéma. Le second m’exaspère aussi dans les longues nuits d’attente, pour des prunes, la plupart du temps. Avec lui, c’est foot et cul, en alternance et à longueur de temps. Quand, par bonheur, il somnole dans la bagnole, je me garde bien de le secouer.&lt;br /&gt;Mais là, comme le Polonais s’était fracturé la patte et que Franck était autorisé à prendre des nuits pour veiller son gosse gravement malade, c’est Lydia qui m’épaulait. Et elle épaulait drôlement bien. Epaulé de la sorte, je voudrais l’être chaque jour de ma vie. Ou chaque nuit.&lt;br /&gt;Evidemment, si pendant notre affaire il se passait quelque chose sans qu’on s’en aperçoive, on aurait l’air malin.&lt;br /&gt;On s’octroyait une pause de dix à quinze minutes maxi. Ce serait une sacrée saloperie du destin si notre suspect, alerté par son sixième sens, en profitait pour nous faire, comme on dit, un gosse dans le dos.&lt;br /&gt;La radio a respecté notre trêve. Pas d’appel. Pas d’instruction. Pas de plaisanterie vaseuse du permanent au central. On est grimpé chacun notre tour au nirvana et on est vite redescendu sur terre.&lt;br /&gt;Cerveau encore vitreux, j’ai fait face au retour en masse des réalités : l’entrée du 54, les fenêtres du quatrième, le portrait du suspect, celui de la femme du quatrième, le visage de Malou, ma femme, la forme de son corps sous la couette, dans notre chambre à retapisser, les jumeaux qui dormaient dans la pièce d’à-côté, le probable licenciement de Malou quand sa chaîne de boutiques de prêt-à-porter se restructurerait, le copain de Lydia, infirmier je crois, à qui j’ai serré la main à Noël, les collègues qui me charriaient parce que je faisais équipe avec elle, les coliques néphrétiques qui me prenaient de temps à autre et tout le reste. Notre gymnastique improvisée avait d’ailleurs réveillé la douleur, heureusement supportable hors des crises aigües. J’avais mal à mon rein, mais c’est elle qui avait besoin de se vider.&lt;br /&gt;- Faut que j’aille pisser, m’a dit Lydia en riant.&lt;br /&gt;Elle s’est accroupie entre notre bagnole et la suivante. J’ai essayé de ne pas entendre le filet d’or tintinnabuler sur la chaussée.&lt;br /&gt;Une BM a ralenti à notre hauteur pour se garer en double file devant le 54. Notre type. Je ne le remercierais jamais assez de ne pas être apparu plus tôt.&lt;br /&gt;Le voir à pied dans la lumière devant l’entrée de l’immeuble a balayé le doute. Il s’agissait bien de notre cible. Elle était là, à portée. On avait bien fait de surveiller, jour et nuit, ces trois dernières semaines, l’immeuble de son ex-femme. A nous de ne pas laisser ce salopard s’échapper. On était assez expérimenté. Demander du renfort serait stupide. Le suspect n’attendrait pas. Garée comme était la BM, moteur allumé, c’était couru, il n’avait pas l’intention de moisir longtemps ici.&lt;br /&gt;Je n’ai pas appelé la brigade. Si ça foirait, je le sentirais passer.&lt;br /&gt;J’ai retrouvé Lydia dehors. On s’est mis à chuchoter, en voulant dire les mêmes choses en même temps. C’était comique. Oui, elle avait reconnu la cible. Oui, elle voulait lui mettre le grappin dessus. Elle était aussi décidée que moi.&lt;br /&gt;Elle est passée devant. On a rasé les murs. On n’était plus un homme et une femme, on était deux flics en mission. Pas question que je l’embrasse dans le cou, ni que je lui mette la main au cul. J’aurais préféré être en tête. Je m’en voudrais à mort si elle morflait sur ce coup-là, alors que la règle veut que ce soit le plus expérimenté qui s’expose en premier. Elle avait été plus rapide que moi. Elle voulait me montrer que l’acier de ses nerfs était d’aussi bonne qualité que celui des miens. Je me concentrais sur tout ce qu’il y avait au-delà de sa silhouette.&lt;br /&gt;Les vibrations du moteur de la BM insistaient sur l’urgence des opérations.  Notre type pouvait réapparaître dans la seconde. On le choperait à sa sortie de l’immeuble. Seulement, il ne devait pas nous voir du hall d’entrée, à travers la porte vitrée.&lt;br /&gt;D’un geste, Lydia m’a invité à passer de l’autre côté de l’allée et à me planquer derrière une jardinière. J’ai dit oui du menton en cherchant mon .45. Un grand vide sur le flanc m’a alors mordu les doigts : j’étais désarmé. Mon flingue était resté au-dessus de la boîte à gants. J’ai revu les amours de Ruger et Manhurin sur la tablette, sur fond musical de grincements de sièges. Lydia aussi était sans arme. Son Ruger faisait des mamours à mon Manhurin.&lt;br /&gt;Dans ces conditions, soit on annulait la mission, soit on retournait dare-dare à la voiture, en priant que le suspect prolonge sa visite. Pas question de l’accoster à mains nues. Un type aux abois peut voir sa force décupler, alors que le flic désarmé verra la sienne divisée par le nombre qu’on veut.&lt;br /&gt;J’ai retraversé l’allée. Lydia m’a traité de cinglé, une première fois parce que ma bougeotte allait faire rater notre plan, une seconde fois quand je lui ai signalé qu’on était désarmé. Son troisième " cinglé ", s’est adressé autant à elle qu’à moi. Elle a dit les jurons que j’avais dans la tête. Elle les a dits avec plus d’élégance. Puis, on s’est lâché, on a ri.&lt;br /&gt;Elle a vu la première le hall s’éclairer. Par la manche, elle m’a tiré dans une obscurité toute relative. Le suspect repartait. Notre voiture était trop loin pour y cavaler chercher l’artillerie. Si l’on demeurait comme deux poteaux au milieu du trottoir, on était cuit. Impossible à lui de nous manquer. Il penserait immédiatement flics en civil. Les ennemis publics ont du nez.&lt;br /&gt;J’ai voulu qu’on s’accroupisse au plus vite entre deux voitures.&lt;br /&gt;- Faire face au danger, lieutenant, m’a soufflé Lydia. Pas de couardise au SRPJ de Toulouse.&lt;br /&gt;Elle m’a enlacé et plaqué contre une portière. Ses lèvres et son corps m’ont comme protégé. Je l’ai enlacée à mon tour en écoutant les pas de l’ennemi public. S’il nous bute, je me suis dit, au moins ce sera en état de grâce. Je l’ai entendu s’arrêter. J’ai entendu son cerveau peser le pour et le contre de ce grossier stratagème comme on n’en voit qu’au cinéma.&lt;br /&gt;J’avais les yeux fermés, mais je l’ai vu sortir un automatique et je nous ai vus ensuite couchés sur un lit de sang. J’ai vu nos têtes éclatées sur le trottoir, des petits bouts d’os et de cervelle partout, comme un puzzle à reconstituer. Les jumeaux hurlaient “papa, papa, reviens !”. Ma veuve me traitait de salaud en me jetant dessus une poignée de terre. Le ministre de l’Intérieur nous remettait la Légion d’honneur à titre posthume.&lt;br /&gt;J’ai serré Lydia à nous briser l’un l’autre.&lt;br /&gt;Quand a claqué la portière et démarré l’auto, j’ai fondu complètement. Notre baiser avait trompé l’adversaire.&lt;br /&gt;On s’est mis à courir à la Peugeot. On pouvait le prendre en chasse. On devait le prendre en chasse. J’ai pris le volant. Lydia a averti le central. La meute allait pourchasser la cible. Ruger et Manhurin nous avaient attendus sagement dans leurs étuis.&lt;br /&gt;Lydia a posé sa main sur ma cuisse. Pendant ce temps-là, ma petite famille dormait. On pourchassait un type dont on se foutait éperdument.&lt;br /&gt;La preuve : on s’est arrêté de nouveau, cette fois le long du Jardin des Plantes. Le désir nous a repris. A cette cadence, on n’arriverait pas entier à la fin de la nuit. Plus loin, dans la ville, des voitures et des gyrophares cavalaient après la cible.&lt;br /&gt; - Voiture 6, répondez ! Voiture 6... Qu’est-ce que vous faites, bordel, voiture 6 ?&lt;br /&gt;- Crevaison, a crié Lydia dans le micro. Pas de bol, c’est comme ça. On est au Jardin des Plantes. Crevaison...&lt;br /&gt;C’est vrai, on était crevé. En tout cas, je l’étais. Lydia avait trouvé le mot juste.&lt;br /&gt;- C’est arrivé au mauvais moment, je sais, mais on n’y peut rien. Mon équipier a bientôt fini.&lt;br /&gt;Pas de précision sur ce que l’équipier est en train de finir.&lt;br /&gt;- Quelle est votre position ?&lt;br /&gt;Position.&lt;br /&gt;Ce mot-là aussi était plaisant. Dans la police, on a toujours le mot pour rire. La nuit pouffait. La nuit est comme ça. Tantôt, elle aime les histoires sordides ; tantôt, elle aime ce qui est drôle et frivole. Un flic sur deux dans cette voiture-là souffrait d’un mal de rein délicieux. Quelle est votre position ? La phrase n’en finissait plus d’être posée. Ensemble, on y répondait comme on pouvait, la bouche pleine et le ventre plein. On n’en pouvait plus de répondre.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;texte et image&lt;br /&gt;Jan Thirion&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;.·´¯`·....·´¯`·.¸.·´¯`·...¸&gt;&lt;((((º&gt; &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;site de Jan Thirion&lt;br /&gt;&lt;a href="http://thirion.free.fr"&gt;http://thirion.free.fr&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;.·´¯`·.¸.·´¯`·....·´¯`·.¸.·´¯`·....·´¯`·.¸.·´¯`·...¸&gt;&lt;((((º&gt; &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;édition krakoën&lt;br /&gt;&lt;a href="http://www.krakoen.com"&gt;http://www.krakoen.com&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;·´¯`·.¸.·´¯`·...¸&gt;&lt;((((º&gt;&lt;br /&gt;.&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/25112101-114387505987461116?l=franz22.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://franz22.blogspot.com/feeds/114387505987461116/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=25112101&amp;postID=114387505987461116' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/25112101/posts/default/114387505987461116'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/25112101/posts/default/114387505987461116'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://franz22.blogspot.com/2006/03/ruger-et-manhurin.html' title='Ruger et Manhurin'/><author><name>jean-benoit thirion</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-25112101.post-114378989810406707</id><published>2006-03-30T23:23:00.000-08:00</published><updated>2006-10-27T06:57:41.256-07:00</updated><title type='text'>Eclaboussures d’or, gerbes noires</title><content type='html'>&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://photos1.blogger.com/blogger/3947/2612/1600/visage3copie.0.jpg"&gt;&lt;img style="float:left; margin:0 10px 10px 0;cursor:pointer; cursor:hand;" src="http://photos1.blogger.com/blogger/3947/2612/320/visage3copie.jpg" border="0" alt="" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;A travers le champ de maïs, je suis arrivé là où je voulais, devant une maison isolée en pleine cambrousse. Je l’avais repérée depuis un moment. Une femme seule semblait habiter cette tanière, avec un chien et une basse-cour.&lt;br /&gt;Je l’espérais pas trop vieille. J’aimais bien bavarder avec de jolies femmes... et plus si affinités.&lt;br /&gt;Mais vu sous un angle strictement professionnel, je préférais les trouver dans le plus mauvais état possible. Moins elles avaient la capacité de résister, mieux je me portais.&lt;br /&gt;Je n’étais pas du genre à frapper le sexe faible, mais, bon, tout de même, quand il faut, il faut. J’en ai laissé plus d’une sur le carreau. J’en ai peut-être tué une. Voire deux. Je ne sais pas. Une pichenette, ça vous tombe en syncope, ça vous claque entre les mains. Vous pensez bien que je ne restais pas sur place pour voir ce qui se passait après. Je n’attendais pas l’ambulance. Je faisais ma collecte dans les armoires, sous les matelas et adieu.&lt;br /&gt;Les flics ne m’ont jamais pris. D’abord, j’ai toujours agi seul. Pas de complice pour tout faire foirer. Les complices ne savent pas tenir leur langue. Puis, je me suis toujours arrangé pour prendre le minimum de risques. Jamais deux forfaits dans le même coin. Je voyage. Je ne m’attaque qu’aux personnes isolées, et seulement quand les circonstances s’y prêtent. Autre principe : éviter les lieux publics où l’on a des chances d’être plus facilement reconnu.&lt;br /&gt;Mon atout maître, c’est mon physique. J’ai l’air frêle, avec ma petite taille et ma gueule de chérubin criblée de taches de rousseur qu’on dirait des éclaboussures d’or, comme la promesse d’un trésor caché au fond de moi. Ajoutez une voix enjôleuse et vous comprendrez pourquoi ces dames me prennent toutes pour le fils prodigue de retour au bercail, le bon garnement dont elles ont toujours rêvé. J’ai 25 ans, j’en fais dix de moins.&lt;br /&gt;Mes sept années passées à sillonner les campagnes n’ont pas trop entamé mon capital beauté. J’ai la chance d’avoir conservé ma peau d’ange et d’être imberbe, alors que je croise pas mal de routards comme moi, des jeunes, qui se trimballent déjà des têtes de crocodile empaillé. Pour moi, l’hygiène demeure une priorité constante. Je vagabonde rarement sans du linge propre de rechange dans mon sac à dos. Avant de frapper aux portes, je me change, je me donne un coup de peigne.&lt;br /&gt;Le chien a fait son boulot de chien dès qu’il m’a aperçu. J’ai contourné la fosse à purin en me pinçant le nez. Le caillou que j’ai balancé a déridé légèrement cette trappe boueuse ouvrant sur l’enfer. Un coup d’œil à la minuscule gerbe noire, puis retour à la femme devant sa porte, côté cour intérieure. Le jaune pâle de sa tenue et son visage blanc m’ont bizarrement fait penser à une veuve. Je lui donnais la quarantaine. Elle n’était guère plus grande que moi, ça me convenait. D’emblée, difficile de dire si avec elle j’aurais le ticket. En tout cas, ça schlinguait. Il est vrai que c’était le pays des cochons. Il y avait des lisiers partout. On épandait et ça polluait ensuite les rivières. Leur merde, ils appellent ça du nitrate. Moi, j’appelle ça de la merde. Je me demandais comment on pouvait vivre avec cette puanteur en permanence dans le nez.&lt;br /&gt;Même en m’approchant, elle ne me paraissait pas mal foutue. J’aurais bien nagé en eaux troubles avec elle, mais pas dans sa mare noirâtre.&lt;br /&gt;Mais attention, autre grand principe : je n’entreprenais que les femmes que je n’agressais pas. Je ne mélangeais pas les affaires et le sexe. J’étais au fait de l’actualité. J’étais au courant de l’efficacité des tests génétiques. Je ne tenais pas à avoir la gendarmerie aux trousses à cause d’une trace de mon ADN à proximité ou sur le corps même d’une personne qui aurait eu la mauvaise idée de périr après mon passage.&lt;br /&gt;J’ai essayé d’oublier l’odeur de merde. Mon regard allait de la femme au chien qui n’aboyait plus. &lt;br /&gt;- J’en avais un qui ressemblait au vôtre, j’ai menti. Il s’est fait écraser. Il s’appelait Max. Il avait quatre ans. Un chien drôlement chouette. Sa disparition nous a affectés, mes petites sœurs et moi. On s’attache.&lt;br /&gt;Je n’ai pas franchi le périmètre de garde du berger. J’ai attendu qu’il approche pour me renifler et je lui ai refilé un bout de saucisson. Effet garanti. Immédiatement, je suis devenu son meilleur ami. Il s’est mis à remuer la queue. Pas de meilleure clé que le saucisson pour entrer dans les propriétés gardées par des chiens, sauf à tomber sur des molosses dressés pour refuser les appâts.&lt;br /&gt;- Il est beau ce chien, il est gentil, j’ai dit. Il ressemble vraiment au nôtre. Il a quel âge, si je suis pas indiscret ?&lt;br /&gt;Je n’ai pas demandé le nom du chien. Par prudence, les gens répugnent à confier le nom de leur bête à un inconnu. Mais donner l’âge ne prête pas à conséquence.&lt;br /&gt;- Il a cinq ans.&lt;br /&gt;Elle avait ouvert la bouche, grâce à l’animal. Comme si elle avait abaissé le pont-levis du château fort. Je n’avais plus qu’à m’avancer et à m’incruster. J’ai continué à la baratiner, faisant tinter entre elles les pièces d’or de mon visage. Faut croire qu’elle appréciait. Elle a fini par m’inviter à prendre le café dans sa cuisine. Je n’avais pas l’air d’un voyou de qui l’on devait se méfier. Je ne sentais pas le loup. Je n’étais pas attifé à la mode zonard. J’étais un scout poli, bien éduqué, égaré dans la campagne, à la recherche de ses camarades. A l’orphelinat, on m’avait bien dressé. J’avais du vocabulaire, je savais même jouer un peu de piano. Parfois, j’égrenais les premières notes d’une valse de Chopin pour endormir la vigilance de qui acceptait de m’écouter.&lt;br /&gt;Ici, pas d’instrument, mais une planche à repasser qu’il m’a fallu contourner. Je me suis installé sagement au bout de la table en formica, sans poser les coudes. Toujours les bonnes manières pour donner le change.&lt;br /&gt;Porte et fenêtre fermées, si on voulait, on pouvait ne plus faire cas des lisiers alentours. A condition de se focaliser uniquement sur les odeurs intérieures, encaustique, lessive, garde-manger et café à pour le coup. &lt;br /&gt;J’étais bien tombé, elle ne semblait pas mécontente de ma compagnie. Elle avait envie de parler et s’est mise à répondre aux questions que je n’ai pas posées.&lt;br /&gt;- Je ne suis pas douée pour gérer une exploitation agricole. Je laisse une partie en friche. J’en loue une autre à un fermier. C’est pas très agréable, parce que ça pue, comme vous avez pu vous en rendre compte. Hein, ça pue ? C’est pour l’épandage. Quand il fait chaud, c’est insupportable.&lt;br /&gt;J’ai hoché la tête. J’imaginais volontiers une jolie réserve, là, à portée de main, dans une boîte en fer sur une étagère. Une liasse de billets roulés avec un élastique. Bien des braves gens des campagnes préfèrent garder leur fric chez eux, plutôt que le déposer chez ces filous de banquiers. Je ne pouvais pas leur donner tort.&lt;br /&gt;- Et le champ de maïs, il est à vous ?&lt;br /&gt;Loué  aussi. Je me suis félicité de l’explication au bout de sa réponse. Elle était veuve. Mari mort à la guerre.&lt;br /&gt;Parfait, j’ai murmuré sous le mot “condoléances”.&lt;br /&gt;Mais je n’ai pas osé approfondir, car je ne voyais pas quelle guerre. Celle de quarante, d’Indochine, d’Algérie ? Ces conflits remontaient à Mathusalem. Ou alors, guerre du Golfe, Bosnie, Rwanda, Liban. Je n’étais pas vraiment au courant de l’actualité géopolitique dans le monde. Ne voulant pas gaffer et passer pour un ignare, j’ai embrayé sur le caoua. Je l’ai félicitée pour la bonne odeur. Arabica ? Moka ? Elle n’en savait rien. Elle s’est approchée pour remplir mon verre.&lt;br /&gt;- Je ne prends pas de sucre, j’ai dit.&lt;br /&gt;Ma dernière parole prononcée sur un ton affable.&lt;br /&gt;Sur ce, ma main s’est décidée. La femme avait les bras en l’air, tenant la cafetière métallique. Sa hanche était si près. Le tissu terne de sa robe n’empêchait pas les formes rebondies de susciter le désir. De mes deux cerveaux, le reptilien avait pris l’avantage sur le cartésien. J’avais donc préféré l’amour à l’argent. Normalement, plus tard elle aurait pu doublement me remercier, en conservant ses économies et en s’offrant le souvenir d’un après-midi torride. Normalement.&lt;br /&gt;Or, mon geste n’a pas eu l’effet escompté, à cause du télescopage. De l’imprévisible télescopage. Accompagnée d’une gerbe noire fumante, la cafetière a valdingué sur moi, me marquant au fer rouge, m’éclaboussant de lave en fusion, transperçant mes cuisses, mon bas-ventre. Je me suis transformé en steak grillé se repliant sur lui-même.&lt;br /&gt;Un flash m’a rappelé qu’il fallait baigner l’endroit brûlé dans de l’eau froide, en attendant les secours.&lt;br /&gt;Tétanisé par la douleur, j’ai essayé d’atteindre l’évier. Au lieu de me balancer dessus un seau d’eau, l’autre folle a ramassé la cafetière par la poignée et m’a collé sur la joue le métal brûlant. J’ai hurlé. Je n’ai jamais su me tenir quand j’avais mal. Je n’ai jamais supporté la douleur.&lt;br /&gt;Je suis parti me cogner aux murs, aux meubles, en beuglant. J’ai renversé les chaises et la table à repasser. Une bête à l’abattoir se laisserait tuer avec plus de dignité. Je revivais le cauchemar récurrent de mon enfance. A l’orphelinat, une cantinière m’avait ébouillanté la main en y versant par mégarde une louche de soupe sortant du feu.&lt;br /&gt;- Taisez-vous donc ! a crié la femme. Mais taisez-vous donc, sale porc! C’est insupportable. Je ne supporte pas ! Taisez-vous !&lt;br /&gt;Je tournais sur moi-même, une main sur la figure, l’autre sur le sexe. Je gémissais pendant qu’elle, continuant ses vociférations, s’appuyait à son grand réfrigérateur. Surtout pas de beurre, je me disais. On ne doit pas mettre de corps gras sur les brûlures, comme on le faisait dans le temps. De la graisse fondue sur la chair chaude, ça cuirait davantage.&lt;br /&gt;Elle s’est penchée soudain pour attraper quelque chose, entre le frigo et le buffet, puis, elle a brandi un fer à repasser. Envisageait-elle d’envoyer de la vapeur sur mes blessures, ou de mettre en contact semelle froide métallique et peau cramée, afin d’empêcher cette dernière de se ratatiner davantage ? Elle connaissait peut-être un truc contre les brûlures que je ne connaissais pas. Un de ces fameux remèdes de bonne femme qui remonterait  aux premiers temps du repassage.&lt;br /&gt;- Mais fermez-la, sale cochon ! Taisez-vous, je vous en supplie !&lt;br /&gt;Impossible de me taire. Je souffrais trop. Elle pouvait comprendre ça, non ? Fallait croire que non.&lt;br /&gt;- Tu vas te taire, tas de merde !&lt;br /&gt;C’est moi qui en bavais, c’est elle qui disjonctait.&lt;br /&gt;J’ai pris le fer à repasser dans le nez. J’ai entendu les os craquer. Je ne sais pas si j’ai poussé un cri.&lt;br /&gt;Elle m’a frappé de nouveau. A la tempe.&lt;br /&gt;J’ai glissé sur le carrelage, dans la flaque de café. Nouvelle gerbe, tiède.&lt;br /&gt;Agenouillé, sonné, j’en oubliais mes brûlures. J’avais seulement conscience d’avoir mal joué sur ce coup-là. J’aurais dû choisir l’argent. Mauvaise option que cette main baladeuse, car je n’avais pas terminé d’en payer les conséquences. L’appareil m’a frappé, cette fois au sommet du crâne.&lt;br /&gt;Là, tout s’est déglingué. Mon crâne et le fer à repasser. J’ai eu l’impression d’être cassé et de répandre au sol les pièces de mon anatomie avec les morceaux de l’ustensile ménager. J’ai cru voir un feu d’artifices d’os, de visses, de ressorts, de chairs, de dents et d’écrous. La poignée est restée dans la paume de sa main. A ce qu’il m’a semblé avant de m’immobiliser totalement.&lt;br /&gt;Elle avait une manière bien à elle de repasser.&lt;br /&gt;Comme j’étais redevenu silencieux, elle s’est calmée. Elle ne bougeait plus non plus, mais elle, debout. Mon sang avait éclaboussé sa robe jaune. Aucun doute là-dessus, il s’agissait bien de mon sang, et non pas du café.&lt;br /&gt;Justement, je devinais qu’elle aurait bien aimé s’en verser une tasse pour se remettre de ses émotions, mais la cafetière était vide. Il lui aurait fallu lécher le sol et l’apprécier avec un nuage d’hémoglobine.&lt;br /&gt;Sa prostration a duré un moment. Puis, elle a ouvert au chien qui s’est mis à laper le carrelage sans faire le difficile, lui.&lt;br /&gt;Ensuite, elle m’a tiré jusqu’à la fosse à purin.&lt;br /&gt;J’y suis encore. Avec mon sac qu’elle a lesté d’une pierre, mais sans le reste de saucisson qui me restait qu’elle a donné au chien. Les éclaboussures d’or de mon visage se sont mêlées à celles de l’horreur visqueuse.&lt;br /&gt;Ensuite, de retour dans la maison, elle a piqué une nouvelle crise. Elle a déchiré sa robe, elle a tout cassé chez elle avant de s’effondrer. La mort m’avait fourni un télescope. Et des haut-parleurs.&lt;br /&gt;Dans la soirée, son mari est revenu du boulot. C’était clair pour moi désormais, et, d’après la conversation qu’ils ont eue, il allait la reconduire en ville, retrouver le cocon protecteur de son hôpital psychiatrique. Je me disais bien que quelque chose ne tournait pas rond ici. J’avais eu la malchance de frapper à la mauvaise porte. J’étais tombé sur une cinglée. Elle baissait la tête comme une enfant. Elle était d’accord pour faire une nouvelle cure de longue durée. Dans le regard du mari, j’ai bien cru comprendre, cette fois, que ce serait à titre définitif. Comme moi, dans mon purin.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;texte et image&lt;br /&gt;Jan Thirion&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;.·´¯`·....·´¯`·.¸.·´¯`·...¸&gt;&lt;((((º&gt; &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;site de Jan Thirion&lt;br /&gt;&lt;a href="http://thirion.free.fr"&gt;http://thirion.free.fr&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;.·´¯`·.¸.·´¯`·....·´¯`·.¸.·´¯`·....·´¯`·.¸.·´¯`·...¸&gt;&lt;((((º&gt; &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;édition krakoën&lt;br /&gt;&lt;a href="http://www.krakoen.com"&gt;http://www.krakoen.com&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;·´¯`·.¸.·´¯`·...¸&gt;&lt;((((º&gt;&lt;br /&gt;.&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/25112101-114378989810406707?l=franz22.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://franz22.blogspot.com/feeds/114378989810406707/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=25112101&amp;postID=114378989810406707' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/25112101/posts/default/114378989810406707'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/25112101/posts/default/114378989810406707'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://franz22.blogspot.com/2006/03/eclaboussures-dor-gerbes-noires.html' title='Eclaboussures d’or, gerbes noires'/><author><name>jean-benoit thirion</name><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><thr:total>0</thr:total></entry></feed>
